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1971
1971-72
1973
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1977-80
1980-85
1985-94
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1969
/ 70

LES PREMIeRES MENACES DE DESTRUCTION
du theatre de l'epee de Bois.
Menée durant la même période
que celle des Halles, la destruction du Théâtre
de l'Epée de Bois constitue un autre "coup
dur", dans l'univers culturel parisien des années
soixante-dix. Lieu de découverte de divers jeunes
talents européens, sa destruction constitue,
d'une part, une perte cruciale pour toute une génération
d'artistes ainsi que de spectateurs et, d'autre part,
un acte d'incohérence et de violence supplémentaire
du Conseil de Paris, vis-à-vis de tout ce qu'elle
appréhende comme des « foyers de contestations
gauchistes ». Enfin, le passage des bulldozers
sur ce petit théâtre de fortune, jettera
à la rue Antonio Díaz-Florián et
son Atelier de l'Epée de Bois qui, par la suite,
prendront le chemin de la Cartoucherie.
C'est en janvier 1969, que le préfet
de police et le préfet de Paris (respectivement
Maurice Papon et Maurice Doublet) adressent au petit
théâtre une "sommation de déguerpir" aussitôt contestée par divers membres
du Conseil de Paris. Très vite, une pétition
de soutien réunit cinq mille signatures ;
le Ministère des Affaires Culturelles intervient
et la Ville de Paris annonce alors la possibilité
d'un relogement dans le 7e arrondissement,
puis retient l'idée d'un terrain disponible rue
des Cordelières dans le 13e arrondissement.
L'année suivante, au sein du Conseil de Paris,
les groupes socialistes et radical140 soumettent
un projet de délibération, invitant le
préfet de Paris (Marcel Diebolt) à conserver
le Théâtre de l'Epée de Bois sur
les terrains qu'il occupe.
Indépendamment de ce bouleversement,
1'Atelier de l'Epée de Bois, après plusieurs
mois de pratique et d'exercices, décide d'aborder
sur scène un sujet à dimension sociale
à travers Prométhée enchaîné d'Eschyle: "Ce qui nous touchait beaucoup
dans cette oeuvre c'était sa dimension sociale.
Prométhée est un être en révolte
contre une société hiérarchisée,
établie (en l'occurrence celle des dieux de l'Olympe)
qui le punit par la torture. C'est d'ailleurs ce que
nous avons traité sur scène : le révolté
torturé par L'Institution jusqu'à la mort".
Intitulée La Torture, cette adaptation
d'Eschyle conserve tout ce qui porte sur la révolte
de Prométhée, le choeur antique étant
incarné par un paysan portant la voix du peuple
et faisant écho à ce que représente
ce type de personnage en Amérique latine, médiateur
entre Prométhée souffrant et le public.
La mise en scène recourt volontairement à
des éléments frappants tels qu'un gibet
de torture en forme de croix posée sur un axe
giratoire fixé au sol, un système d'écartèlement
du comédien relié aux quatre coins de
la salle ou bien encore la pendaison par le sexe pour
signifier la mort définitive. A travers cette
première mise en scène, l'influence d'Antonin
Artaud est également très perceptible
: "Nous avons essayé de trouver une
nouvelle façon de jouer qui n'ait rien à
voir avec les formes préétablies. Le comédien
doit trouver lui-même sa façon de parler
et de jouer. Revenu à un niveau primitif et élémentaire,
l'acteur exprime ses désirs et ses sentiments,
il vit devant nous. Il joue et quand il ne peut pas
se faire comprendre par le jeu, il emploie la parole.
La parole est une possibilité d'expression, mais
pas la seule. Avant tout, l'acteur fait".
Interprétée par quatre comédiens,
la pièce est créée au Théâtre
de l'Epée de Bois en novembre 1969 où
elle est prolongée tout le mois suivant en alternance
avec Et ils passèrent des menottes aux fleurs de Fernando Arrabal. Le spectacle est ensuite repris
à l'amphithéâtre de Poitiers en
janvier 1970, à l'invitation du T.N.P. de Villeurbanne,
dans le cadre des rencontres du Jeune Théâtre.
En 1969/70, Antonio Díaz-Florián occupe
toujours les fonctions de régisseur au Théâtre
de l'Epée de Bois, et c'est au coeur du tumulte
lié aux menaces de destruction, qu'en mars 1970,
Alfredo Arias y crée Eva Perón de
Copi. Malgré les menaces actives de différents
groupes politiques d'extrême droite, la pièce
est tout de même créée, avec Facundo
Bo dans le rôle titre: "Un soir, on venait
de commencer la pièce depuis dix minutes ;
soudain des bruits confus arrivent jusqu'aux loges.
J'ouvre la porte donnant vers l'extérieur. Un
homme, le visage masqué par un bas noir, une
barre de fer à la main, s’avance vers moi
- ce sont toutes les images de terreur de l'Argentine.
J'ai fui. Il m’a semblé voir un trou dans
le mur qui entoure le théâtre. Erreur.
Je tombe dans un trou d’ordures. Je
vois Facundo s'approcher de moi, habillé de sa
robe dorée. Il tombe à son tour dans les
ordures. Il me prie de lui arracher la robe. Nous nous
cachons entre les ordures. Nous regardons le théâtre
: des flammes, explosions, cris. Nous pleurons. Facundo
promet de ne plus jamais monter sur scène. Un
ami, qui était dans la salle, croit que l'attentat
fait partie de la mise en scène et trouve l'idée
de détruire le décor avant chaque représentation
géniale. La police arrive. On se calme, le théâtre
est un vrai champ de bataille. Les groupes d'extrême
droite avaient entrepris de détruire le décor
et de nous peindre en rouge. L'attaché de presse
avait attrapé un des agresseurs. (...) Un jugement
a eu lieu. L'accusé s'est défendu en soutenant
que Facundo Bo était un vrai travesti qui faisait
le tapin" I4. Suite à cette
soirée du 24 mars 1970, Jacques Charasse, membre
du mouvement Ordre Nouveau, est condamné en septembre
1971 à six mois de prison avec sursis et une
amende pour "transport d'armes et complicité
de coups et blessures volontaires".
Cette même année, l'Atelier
de l'Epée de Bois se replonge dans l'étude
de la tragédie grecque à travers Electre, puis le travail se reporte sur la condition féminine
dans la société contemporaine à
travers les thèmes de la sexualité et
de l'hypocrisie dont elle est entourée quant
à la liberté de la femme. Le groupe répète
six mois et élabore une création sous
forme de cérémonie sans parole, divisée
en trois périodes. L'ensemble souhaite faire
la démonstration que les différents moyens
donnés à la femme pour se libérer
sont en fait destinés à l'asservir d'avantage.
La trame dramaturgique va de l'ère des cavernes
aux mythes modernes et les acteurs jouent au milieu
des spectateurs répartis sur deux rangées
de chaises.
Intitulé Mythus et sexus, ce spectacle
est créé en octobre 1970 au Théâtre
du Lucernaire que Christian Le Guillochet vient d'ouvrir
un an plus tôt dans l'impasse Odessa. Le résultat
surprend beaucoup et scandalise le plus souvent : "Après
ces exhibitions sado-masochistes, il convient de classer
le Lucernaire parmi les boîtes à strip-tease
les plus scabreuses" l44. Certains
spectateurs partent, d'autres, gênés ou
mal à l'aise, rient et lancent des quolibets,
mais aucun ne reste indifférent : "// ne
semble pas plus aujourd'hui qu’à l'époque
d'Artaud, que le public européen soit sensible
à l'aspect magique et ésotérique
de spectacles comme celui-là ; je ne pense
pas qu'Antonio Díaz-Florián ait atteint
le but qu'il se proposait là, mais il est certain
qu'il possède des qualités qui devraient,
un jour ou un autre, nous donner un travail très
intéressant" l45. Pour l'Atelier
de l'Epée de Bois, ce spectacle représente
un échec artistique lié à un malentendu
avec le public.
Vers la fin de l'année 1970,
l'opinion publique est alertée de la destruction
imminente du Théâtre de l'Epée de
Bois par une presse qui prend volontairement le parti
du petit théâtre : "Le dommage
serait moindre s'il existait dans Paris un nombre suffisant
de théâtres "d'art et d'essai"
qui, s'adressant à un public bien déterminé
et limité, ne peuvent devenir rentables et disparaissent
sans être remplacés. Une politique cohérente
favorisant la recherche théâtrale devient
urgente, il est vrai que le mot est si vaste qu'il permet
toutes les opérations de bonne conscience, comme
toutes les contestations" l46.
Début 1971, le projet de destruction
du Théâtre de l'Epée de Bois est
d'abord écarté du fait de la reconduction
de sa subvention (dont le montant est le même
depuis 1966), puis annoncé pour le mois d'avril
: le lieu ferme donc ses portes en pleine saison après
les dernières représentations d'Histoire
du Théâtre (création d'Alfredo
Arias et du T.S.E.), et l'expulsion des occupants du
théâtre est fixée au lundi 2 août
1971.
Peu avant l'été, l'Atelier de l'Epée
de Bois se retrouve au Centre International de la
Sainte-Baume, où il crée Mystère
de la passiond'après Les Évangiles. Inspiré du Nouveau Testament, ce spectacle
est centré sur le personnage du Christ et les
représentations sont données dans une
clairière située à flanc de colline.
Après avoir étudié Les Évangiles et réfléchi sur le rôle du
Christ dans la société, l'Atelier de
l'Epée de Bois considère que les propos
de ce dernier ont dû être mal compris
par ses contemporains, et l'acteur qui l'incarne s'exprime
donc en anglais : "Nous avons vérifié
par ce biais si le texte était nécessaire
à la compréhension à une
pièce et si un acteur pouvait toucher les spectateurs
par le seul moyen de son jeu" 147.
Ce spectacle est joué au rythme de deux représentations
par semaine de juin à août 1971.
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