| |
Cliquez sur la période
que vous souhaitez consulter:
1966-68
1969-70
1971
1971-72
1973
1974-76
1977-80
1980-85
1985-94
|
Août
1971

La destruction des Halles de Paris et
du Theatre de l'Epee de Bois.
Malgré le combat de Jeanine
Alexandre Debray au sein du Conseil de Paris, la mobilisation
internationale d'urbanistes, d'architectes et d'artistes,
de forts beaux moments de spectacle et malgré
l'attachement des Parisiens aux Halles de Paris, celles-ci
sont totalement détruites au mois d'août
1971: "Plus la gauche et l’extrême
gauche défendaient les Halles, et moins il était
tolérable pour le pompidolisme régnant
d'imaginer un permanent "foyer de subversion"
au coeur de la capitale. Il était de plus, hors
de question pour les décideurs de 1'époque,
de consacrer des terrains d'un tel prix (de par leur
position centrale) à des activités aussi
peu rentables que la culture. (...) Nombreuses seront
d'ailleurs les critiques qui feront le rapprochement
entre l’architecture des Halles et celle de la
Cartoucherie" 201.
Peu avant la destruction, il est d'abord
question de remonter le pavillon VIII à Nancy,
où Jack Lang tente de créer un ensemble
architectural permanent pour son festival : "Le
cabinet de Jacques Duhamel donne son accord. Le ministère
accepte de payer le démontage, le transport et
le remontage. Le Maire, Marcel Martin, soutint quelques
jours le projet avec enthousiasme puis, sous la pression
de quelques opposants, dont le chef de file socialiste
au sein de la municipalité, il le repousse finalement
en février 1972" 202. Dans le même
temps, le ministère des Affaires culturelles
fait savoir à la Ville de Paris, qu'il souhaite
le remontage du pavillon VIII dans la capitale et le
Parc Floral, bénéficiant sur ce point
de l'agrément de l'État, se porte candidat
pour l'installer sur le site la Cartoucherie. Mais en
décembre 1971, au sein du Conseil de Paris, Auguste
Marboeuf-Regnault - initiateur et vigoureux partisan
du projet de piscine olympique sur le site de la Cartoucherie
- écarte catégoriquement ce projet:
"L'emplacement proposé, je veux dire
l'ancienne Cartoucherie de Vincennes, a été
affecté à la création d'une piscine
olympique : l'article 2 de notre délibération
du 31 mars 1966 concernant l'aménagement du Parc
Floral de Vincennes comporte en effet, je le rappelle,
la précision suivante : "étant entendu
que la piscine olympique dont l'aménagement a
été décidé par la délibération
du 23 décembre 1965 susvisée sera réalisée
sur remplacement de la Cartoucherie".
Nous ne saurions remettre en question cette décision,
ni revenir sur l'affectation de cet emplacement. (...).
On ne peut que regretter que l'Association pour le Rayonnement
de I'Horticulture Française, concessionnaire
du Parc Floral n'eut pas cru devoir nous consulter avant
de présenter sa demande ; sans doute ce terrain
était-il contigu à la concession, mais
je le répète, nous ne saurions revenir
sur notre discussion l'affectant à la création
du centre nautique" 203. A l'époque
de cette destruction, le triumvirat du Théâtre
de la Tempête travaille encore dans les locaux
de son siège social, situé rue de la Cossonnerie,
en vis-à-vis direct avec les Halles: "Nous
avons vu la destruction en premier plan, c'était
quelque chose de très dur car on voyait les bâtiments
tomber jour après jour. C'était très
désagréable, et quand je voyais les pavillons
se faire démolir, je voyais les fantômes
d'Orlando Furioso se balader dans les halles" 204.
Le pavillon VIII des Halles de Victor Baltard sera finalement
remonté à Nogent-sur-Marne.
Durant ce même mois d'août
1971, le Théâtre de l'Epée de Bois
- qui reste dans les mémoires pour avoir accueilli
Jerzy Grotowski (Akropolis en 1968), Fernando Arrabal
(Ils passèrent des menottes aux fleurs en 1969),
le Bread and Puppet Théâtre (Fire en 1970)
ainsi que le T.S.E. (Copi et Arias) - est également
détruit, laissant l'Atelier du même nom
à la rue : "Ce sont les mauvais coups
d'août. Ce que le Gouvernement se dépêche
de réaliser pendant que les Français ont
le dos tourné et les yeux fixés sur la
mer. A la grenade. Cela commençait avec le démantèlement
des pavillons Baltard, retardé de semaine en
semaine, jusqu’à ce que les vacances éloignent
les protestataires. Au même moment, on attaquait
à la pioche, le Théâtre de l'Epée
de Bois, rue Mouffetard, à Paris (...). C'était
un des rares lieux scéniques de la capitale où
il se passait quelque chose. (...) Il y a à peine
trois semaines, on se battait encore pour les pavillons
de Baltard, dégagés à la grenade
par les C.R.S., les brigades spéciales parisiennes.
Les pouvoirs publics comptent qu'elles passeront inaperçues
en septembre".
Malgré
de nombreuses pétitions, la démolition
du Théâtre de l'Epée de Bois est
entreprise sans que le ministère des Affaires
culturelles n'en donne l'autorisation et sans qu'un
nouvel emplacement ne soit attribué à
ce petit théâtre d'essai. Cependant,
divers emplacements sont envisagés dont la
Cartoucherie de Vincennes, mais cette hypothèse
est catégoriquement écartée par
le Conseil de Paris. Cette perspective aboutira néanmoins
d'une toute autre manière : en septembre 1971,
Antonio Díaz-Florián étant régisseur
de l'Histoire du soldat par Jean-Marie Simon au Théâtre
de la Tempête, l'Atelier de l'Epée de Bois investit alors
une des maisonnettes en ruines de la Cartoucherie.
|