Théâtre de l'Epée de Bois - Paris  

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Saison 2009/2010
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VIS AU LONG DE LA VIE
de Michèle Albo
 
Mise en scène : Raymond Yana.
Comédiens-manipulateurs : Michèle Albo, Gaëlle Audard, Christophe Baillargeau.
Musiciens : Karolina Mlodecka, Nicolas Naudet, Christophe Souron.
Musique originale : Bruno Girard.
Scénographie : Catherine Dufaure.
Costumes : Myriam Fall.
Marionnettes : Cécile Moreau.
Projection d'images : Dominique Sierra.
Régie : Samuel Zucca.
 

"Je tiens à vous dire à quel point j'ai été touchée et satisfaite de ce que j'ai vu et entendu au cours de cette lecture à laquelle vous m'aviez conviée.
Le plus important et ce à quoi je tenais le plus est que vous avez compris, ô combien, l'esprit dans lequel je souhaitais voir aboutir votre projet. Tous mes vœux vous accompagnent pour la réussite de cette réalisation.
Le sujet n'était pas facile à traiter, vous l'avez fait au mieux et avec toute votre sensibilité.
Merci, et croyez bien que je reste à votre disposition dans la mesure où vous aurez besoin de moi.
Avec toutes mes amitiés.
Bon courage!"

Violette Jacquet-Silberstein

 

Le projet

La Compagnie de la Courte Echelle crée une pièce de théâtre adaptée du récit de Violette Jacquet, Les sanglots longs des violons de la mort.
L’auteur, qui s’adresse à un public jeune (dès 9 ans), y raconte son histoire, celle d’une jeune immigrée en France à la fin des années trente. Parmi ses activités, le violon tient une place importante, pas tant par plaisir que par obligation. Sa mère n’a de cesse de répéter qu’on ne sait jamais, un jour ça lui servirait peut-être. Et ce jour arrive. En 1943, Violette est déportée dans un camp de concentration. Et c’est le violon, qui lui permet d’intégrer l’orchestre du camp, qui lui sauvera la vie.
La pièce est une adaptation libre de ce témoignage qui dicte donc la trame générale de la pièce. Michèle Albo, l’auteur, y a aussi intégré des moments qui ne figurent pas dans l’ouvrage, mais qui sont des moments de l’histoire de la déportation, racontés ailleurs, par d’autres victimes.
La musique tiendra un rôle de premier plan relayant images et mots.

L'originalité du projet

Tout l’intérêt de cette création est de parler et de faire parler de la déportation, des camps de concentration, des discriminations, pour ne pas oublier, pour ne pas reléguer ces actes dans un passé révolu. Ils sont encore perpétrés aujourd’hui, ailleurs, sous d’autres formes, envers d’autres personnes, et le seront peut-être encore demain. Ne pas laisser cela au passé, condamner et prévenir toute forme de discrimination, de racisme, de xénophobie, de rejet et de haine de l’autre, ens’adressant à tous les publics, voilà l’objectif ambitieux de cette pièce.
Vis au long de la vie se démarque par l’originalité de son fil conducteur : la musique. À travers le violon de Violette Jacquet, elle constitue un personnage à part entière de la pièce. Cet instrument rend la mise en scène du spectacle particulière puisque des musiciens interpréteront la musique en direct sur scène.
En plus des musiciens, comédiens mais aussi marionnettes porteront émotions, sensations et personnages. L’utilisation de la marionnette, qui intervient sur scène aux côtés de comédiens, est un véritable choix, un parti pris. Elle permet de montrer ce que ne peut montrer un comédien, elle participe à une prise de distance nécessaire au traitement de certains thèmes difficiles.
Autre élément de mise en scène, un décor « évolutif » servira la trame de l’histoire. Il sera transformé, détruit, reconstruit en direct tout au long de la pièce.
Il s’agit donc d’une création pluridisciplinaire qui permet de multiplier les axes d’étude et d’analyse de la pièce, tant sur le fond que sur la forme.

 

Note de l'auteur
Michèle ALBO

Nouveau spectacle, nouveau projet, nouvelle idée, nouvelle envie…
Cette fois, pour Vis au long de la vie, ce n’est pas la nouveauté qui préside à l’écriture ; plutôt un « vieux truc » que je traîne depuis des années.
Déjà dans Rumeurs j’avais fait une place à ce sujet : Ida Blumenfeld raconte sa déportation, mais c’était juste un moment dans le spectacle.
Et puis j’ai vu Violette Jacquet et j’ai lu Les sanglots longs des violons de la mort.
C’est quoi ces histoires d’il y a plus de 50 ans… J’étais même pas née…
Parfois les histoires se répètent, reviennent sous d’autres formes, avec d’autres gens… mais ce sont toujours les mêmes histoires.
Et ce que je vois aujourd’hui nous renvoie, curieusement, à ce qui s’était passé il y a quelques 70 ans…
Alors j’ai voulu parler de Violette et de tous les autres, de cette période du passé qui n’en finit pas de ressurgir.
Il est des jours qui changent votre vie, qui vous transforment au point que l’ « avant» est tellement différent qu’il vous devient étranger, et que l’ « après » est tellement étranger que l’on ne sait même plus qui on est… on devient étranger à sa propre vie.
Ce qui vous transforme ainsi ?
D’autres personnes qui changent les règles du jeu de la vie, qui font que vous n’avez plus votre place… que vous n’avez plus droit de cité.
Violette a été exclue de sa vie d’ « avant » un jour de 1943…tout simplement parce qu’elle était « elle »…et avec « elle », d’autres « elle » et d’autres « lui » sont devenus étrangers à leur propre vie, certains, beaucoup l’ont même perdue, leur vie.
Ils sont morts parce qu’ils étaient … hier … juifs, tziganes, homosexuels, et aujourd’hui…
Violette, ce qui l’a sauvée, c’est le violon. Elle avait appris à en jouer dans sa vie d’ « avant » ; et c’est comme ça qu’elle a pu entrer dans sa vie d’ « après », qu’elle a pu la garder sa vie, tout simplement.
« Pendant », c’est les camps ; pour les « raconter », il faut y associer l’ « avant » et l’« après ». Ces camps dans les années 40, on les retrouve aujourd’hui, ailleurs, avec d’autres « elle » et d’autres « lui »… peut-être moi !
Alors je veux raconter Violette. Cette musique qui l’a sauvée. Ce violon Vis au long Jusqu’à aujourd’hui, je vis au long de ma vie.
Autres temps, autres lieux, espérons une autre Histoire. C’est à nous de la jouer.

 

Note de mise en scène
Raymond YANA

Il va s’agir à travers cette histoire de raconter une histoire, celle de Violette Jacquet, et en même temps d’en raconter des milliers d’autres (unicité et pluralité), de montrer (y compris ce qui a priori est in-montrable), de dire (avec des mots, des silences, de la musique et des images…), …
Bref, nous devons « jouer » !… quel paradoxe par rapport à l’Holocauste. Ce même paradoxe que nous voulons montrer : cette monstruosité d’un orchestre dans un camp de concentration.
Plusieurs chantiers s’ouvrent devant moi.
La temporalité :
inscrire des personnages, des lieux, une histoire, une vérité dans une double perspective : témoigner du passé (et remplir ce devoir de mémoire), et en même temps du présent. Montrer ce que cette période a eu d’unique et d’inique, alerter sur ses sombres récurrences actuelles.
Encore la temporalité :
montrer les 3 vies d’un personnage, ces 3 vies bien distinctes mais indissociables… montrer la dislocation du temps et de l’individu. 3vies…3 personnes ? la marionnette pourra porter cette pluralité, et faire co-exister les 3 personnages.
La musique :
elle devra être interne et externe, habiter l’espace, être porteused’émotions et de sens. Elle sera un personnage à part entière ; une composition originale sera associée à un répertoire classique et un répertoire Klezmer. La musique sera aussi portée par les instruments de musique, objets incongrus dans les camps.
La mécanique :
la machine à tuer, à exterminer… la Shoah, c’est une entreprise qui n’a pas eu d’équivalent en termes d’organisation, de planification, de systématisation… il y aura une machine, circulaire.
La distance et la proximité :
distance temporelle et géographique. C’était avant et ailleurs ; il faut que ça reste ici et maintenant dans l’urgence de la vigilance.
L’indicible et l’in-montrable :
beaucoup de rescapés des camps ont eu du mal à dire, les mots étant insuffisants à signifier. Il faudra trouver d’autres signes pour dire et montrer… faire co-exister acteurs, marionnettes et objets pourra permettre d’incarner la déshumanisation.
La fidélité :
rendre hommage au récit de Violette Jacquet, et respecter sa pudeur, son optimisme et sa générosité.

 

Citations

"Quand nous entendons cette musique, nous savons que nos camarades, dehors dans le brouillard, marchent comme des automates;
Leurs âmes sont mortes et c’est la musique qui les pousse en avant comme le vent les feuilles sèches, et leur tient lieu de volonté..."
"la musique est la voix du Lager, l'expression sensible de sa folie géométrique"
Primo Levi

« Une minorité de détenus musiciens permettait aux déportés d'avoir ne serait-ce qu'un instant, un soupçon de magie dans leur morne survivance. La musique, exutoire de la dépression, leur redonnait un peu de courage et de volonté pour lutter et résister. »
Elèves du Lycée André Malraux - Rouen

« Un nouveau cri guttural retentit : Los! Musi ! [Allez ! Musique !] (…)
Je suis consterné par le son terriblement faux de certains instruments à vent, et les cordes ne leur sont d'aucun secours.
Heureusement, ils sont assourdis par les coups puissants de la grosse caisse et ceux, simultanés, des cymbales de cuivre.
Ce sont ces coups qui me parvenaient de loin durant les premières heures de mon séjour ici. »
Simon Laks

« La musique reste pour eux création, moyen d'expression. Elle leur permet de garder quelque chose des hommes. Elle est un des éléments de la résistance de l'humanité contre l'inhumanité. »
Paty Delaigue

"Peut-être que notre musique était nécessaire pour tenter de rivaliser avec la mort, alors que les mots n'étaient pas assez grands pour tout dire des souffrances infinies des femmes, des hommes, des enfants.
J'attendais mon tour. La mort me guettait."
"La libération, c’est quelque chose que j'ai accepté, mais qui m'a fait aussi souffrir. Et qui m'a fait probablement poser cette question que beaucoup d'entre nous se sont posée : pourquoi moi ? A laquelle j'ai mis un certain temps à répondre. Et au bout de ce certain temps, je me suis dit : pourquoi pas moi ?"
Violette Jacquet

 

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