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COMBUSTIONS

« Combustions » nous plonge dans l’intimité secrète des lettres d’amour des écrivain.es s’adressant à leurs amant.es.
Rédigés sous le sceau de l’impérative nécessité, les mots écrits sous emprise passionnelle tremblent et grondent et déploient des harmoniques d’exception. Valeurs, civilité, bon goût, décence, moralité, sagesse, ce qui fait société disparait au profit de la démesure amoureuse.
Ces mots ne sont pas fabriqués pour le métier, ils sont destinés à être lus non pas par le plus grand nombre mais par un.e seul.e.

Souvent « non manifeste sed quasi in occulto », ils constituent un corpus de médecine d’urgence. Ce sont des mots qui témoignent de l’ouragan des sentiments, ils appartiennent au domaine de l’intrigue, de l’exaltation, de la menace et de la supplication. La puissance intellectuelle est à son comble. Styles et talents sont mobilisés à 200% au service d’une cause personnelle.

C’est une littérature du point de fusion,
une littérature de l’incandescence,
le pronostic vital semble engagé dans chaque syllabe.

Le spectacle est composé comme un tour de chant. Chaque lettre est accompagnée de sa chanson populaire ou d’un extrait de chanson dont le refrain peut, à tout moment, être repris en chœur par le public.
Les Souffleurs désamorcent la nature volcanique de cette littérature en chantant l’amour sous toutes ses formes.
À chaque lettre, sa ritournelle.

Car il s’agit bien d’amour de l’amour dans ce spectacle.
Nous nous moquons de nous-même, tendrement. Car l’Homme est ainsi fait : fou, il a inventé l’amour pour se brûler lui-même et chanter la passion, la douleur et la joie.
Amoureux de l’amour nous sommes et serons toujours. Et ce que nous pouvons – la passion de l’un.e pour l’autre – cette merveilleuse puissance irrationnelle dont l’être humain est capable, la machine, l’Intelligence Artificielle par exemple, en sera toujours privée !

L’amour est une maladie qui nous guérit.
L’amour est un antidote, Combustions le prouve.

DOUX OISEAU DE JEUNESSE

À San José, dans une chambre d’hôtel, un jeune homme ambitieux et une actrice célèbre mais déchue se retrouvent le temps d’une nuit. Il espère encore percer, elle fuit l’humiliation. Leurs deux solitudes se confrontent, entre illusions qui s’effilochent, marchandages et restes d’espoir.

Tennessee Williams explore ici les fractures d’une Amérique des années 50, marquée par le racisme, le puritanisme, le pouvoir patriarcal. Le monde du cinéma hante la pièce comme un mirage féroce. Sur cette toile de fond brutale, il dessine des figures blessées, vibrantes, traversées par le désir, la honte, la rage de ne pas disparaître.
Cette mise en scène s’attache à faire entendre la langue sensible et directe de Williams, à laisser vivre les corps, les tensions, les flux de paroles et les silences. Elle cherche à ouvrir un espace de jeu où les contradictions des personnages peuvent exister pleinement : entre colère et tendresse, grandeur et chute, rire et blessure. Là où la réalité rencontre la poésie. Et où, malgré tout, une forme de fraternité d’âmes peut surgir.

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Amérique des années 50, au bord du golfe du Mexique. Une chambre d’hôtel, un duo étrange : Chance Wayne, encore très séduisant malgré les années, revient dans sa ville natale, sans succès ni avenir, porté par un seul espoir : retrouver Angéline, son amour de jeunesse. Fille d’un politicien local, John Finley, raciste, ambitieux et brutal, elle est désormais tenue à distance, recluse par un père prêt à tout pour protéger sa réputation. Chance n’est pas seul. À ses côtés : Alexandra De Carlo, alias Princesse, star vieillissante, fuyant l’écran qui trahit ses traits et la gloire déchue. C’est au creux d’une nuit d’effondrement que Chance l’a recueillie, au pied d’un escalier, avant de l’entraîner avec lui vers le Sud, dans sa Cadillac. Lui rêve de célébrité, elle cherche l’oubli. Leur pacte est en apparence simple : il l’aide à s’effacer et à lui rendre la vie plus douce, elle lui donne les moyens de briller. Mais entre alcool, drogue et transactions financières, se noue une relation trouble, mêlant cynisme, désir et solitude. « Quand un monstre en rencontre un autre, il faut bien que l’un dévore l’autre », dira Princesse.

Mais à San José, le retour de Chance déclenche une onde de choc. Le gouverneur Finley prépare un meeting. Il veut y exhiber la jeunesse blanche du Sud, enterrer les scandales : l’opération subie par sa fille — causée, dit-on, par une relation passée avec Chance — et le lynchage d’un jeune homme noir qu’il a lui-même orchestré. Finley exige la présence publique de sa fille. Devant son refus, il menace : si Chance ne quitte pas la ville, il sera mutilé. Le meeting vire à l’émeute. Pendant ce temps, à l’écran, le film d’Alexandra triomphe. Son aura, qu’elle croyait flétrie, redevient iconique. Elle retrouve assurance, vanité, pouvoir. Elle offre à Chance une issue : fuir avec elle. Mais il refuse. Chance reste. Seul, vide, en bout de course. Il a tout perdu : l’amour, la jeunesse, ses illusions. « Notre ennemi à tous, c’est le Temps », dira-t-il en dernier. Et il attend, sans fuir, que la violence du monde s’abatte sur lui.

KATTE, LA TRAGÉDIE DE L’AMANT DU PRINCE DE PRUSSE

En 1730, dans le tout nouveau Royaume de Prusse et sa nouvelle capitale Berlin, le Roi Guillaume impose sa démesure martiale à tout l’état et fait régner la terreur dans sa propre famille.  Ce qui fit dire plus tard à Mirabeau : « La Prusse n’est pas un État qui possède une armée, c’est une armée ayant conquis une nation ».

Les choses ne pouvaient que mal aller entre un père qui ne s’intéressait qu’à la guerre et à la chasse, et un fils qui ne voulait que jouer de la flûte et lire des poètes français. Confronté à la brutalité croissante du Roi, le jeune prince Frédéric, (« On n’est pas sérieux quand on a 17 ans »), trouve comme allié, en plus de sa sœur aînée Mine, sa confidente de toujours, un fringant officier de la garde royale, Hans-Hermann von Katte, dont il tombe amoureux.

Un jour où Frédéric a été battu et humilié publiquement par son père, il décide de s’enfuir vers la France, avec la complicité de Katte. Or le Roi fait rattraper les fugitifs, et, malgré les supplications de la Reine, de la princesse Mine, et de toutes les cours d’Europe, il fait décapiter Katte sous les yeux horrifiés de Frédéric.

Tel est l’argument de l’histoire dont Besset s’est inspiré pour renouer avec la grande tradition française d’une tragédie en alexandrins.

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EXTRAITS DE PRESSE

« Une sorte de festival d’intertextualité où l’on devine les influences de Racine, de Corneille, et de Molière. Non seulement sur le plan de la langue, du jeu, mais aussi dans le développement de l’intrigue. Nouement et dénouement se succèdent comme à la parade.
Cette imitation du théâtre classique, qui est peut-être aussi une révolte contre l’expression orale et écrite contemporaine, a quelque chose de bluffant. »
Marin de Viry, Lumières luthériennes, Le Figaro Magazine, (13 février 2026)

« Face à un tel argument qui recèle toutes les dimensions d’une tragédie classique (l’hubris d’un personnages, les passions irrationnelles, le conflit entre la vie publique et l’inquiétude intime, l’élévation sociale des personnages, le rôle primordial des confidents), on comprend que le recours à des formes classiques ait à la fois stimulé l’imaginaire de l’auteur et contribué à faire respirer les héros à une hauteur raréfiée du langage et du cœur.»
Jérôme Prigent, Le grand Verbe français, Causeur

MADEMOISELLE H

Des espions britanniques infiltrés, assez proches du Führer pour pouvoir accéder à sa nourriture, avaient comme plan de saupoudrer son repas quotidien d’hormones féminines étant censées adoucir ses mœurs agressives.
Ce fait historique est le départ de l’écriture de Mademoiselle H.
Mademoiselle H est un showman qui brille par le succès de ses bides.
Un jour, un inconnu l’approche et lui propose un texte. Il s’agit d’un discours, celui du Führer.
Être son sosie et peut-être la gloire à ses portes, c’est également le deal de cet inconnu.
Mademoiselle H tente alors la confrontation avec le public.

MOLIÈRE – CHARPENTIER

Au roi le pouvoir, à ses amuseurs la gloire !

Un programme joyeux et festif qui dénonce avec humour l’arrogance du pouvoir et la suffisante ignorance.
Peintres, sculpteurs, décorateurs, ingénieurs, machinistes, jardiniers, artificiers, hydrauliciens, et bien sûr musiciens, maîtres de ballets, poètes et dramaturges firent converger leurs efforts communs dans la préparation de ces fêtes.
Certes, ils étaient au service de ce passionné de gloire qu’était Louis XIV, mais ils ont su s’emparer du moindre interstice de liberté pour exprimer la magnificence de leur art ! C’est à leur hommage qu’est dédié ce spectacle. Remettons chacun à sa place : au roi le pouvoir, à ses « amuseurs », la gloire !
Ce spectacle musical met en valeur les intermèdes des comédies-ballets créés avec Lully au château de Vaux-le-Vicomte et que Marc-Antoine Charpentier et Molière vont prolonger pour les fêtes royales données par Louis XIV. Une création inédite alliant toujours théâtre et musique. C’est bien l’une des spécificités de L’Atelier à Musiques !
C’est aussi l’originalité de la comédie-ballet telle qu’inventée par Molière, Lully et Beauchamp, que Charpentier va prolonger.

 

IPHIGÉNIE – Triptyque Partie I

Iphigénie, c’est plusieurs horizons qui se chevauchent. Un drame familial, une légende et sa malédiction, un univers désolé et immobile, une quête d’identité.
Racine laisse au spectateur l’absence, le manque de modèle absolu et hégémonique. Par ce texte, il fabrique des situations ouvertes qui tendent rarement vers un espoir.

Toutefois, au milieu du désastre, se dresse un pouvoir : celui des femmes.
Clytemnestre, par sa révolte face aux oscillations de son époux et roi, puis par sa remise en question de l’existence même des dieux. Eriphile, dans sa quête féroce d’identité, de vérité et de justice.

Iphigénie, par sa profonde résignation et sa dignité face à son propre sacrifice.
Ces trois figures archétypales refusent de collaborer avec un système où le pouvoir engendre le mensonge, la trahison, la manipulation.

La résonance que ce texte peut avoir dans notre société est aussi à un tout autre endroit : travailler Iphigénie dans un monde saturé d’informations et d’images, qui oblige aux certitudes et à la radicalité, c’est rendre compte et célébrer l’incertitude, le flottement, la suspension dans le temps.

Ce qui m’intéresse chez Racine, et tout particulièrement dans cette pièce, c’est aussi la question de la croyance.
Il intériorise la foi : les personnages interrogent leur âme, leurs émotions propres, leurs sensations. Le regard est alors tourné vers l’humain et non vers le ciel et tous convoquent leur voix du dedans.

Clément Séclin