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LE MARTEAU DE THOR

LES SOIRÉES CONTES,
LE 3ème DIMANCHE DU MOIS
À 19h

DIMANCHE 17 MAI : CONTES NORDIQUES
Comment Thor, dieu de la force et de l’orage, dans la mythologie nordique,

a reçu son marteau Mjollnir
l’a perdu,
retrouvé,
et comment il s’en servait… ou pas.

Thor était le dieu préféré des nordiques.

*

DIMANCHE 21 JUIN : Informations à venir

LES ANONYMES

Quand moi-même je fais la différence entre « on » et « moi » ai-je alors le droit de me plaindre des autres ? Ils n’ont sans doute pas tort mais moi je suis trop fatigué pour tout saisir.
Franz Kafka

C’est l’Empédocle d’Hölderlin qui traite « d’anonymes » une multitude qui se laisse manipuler par des possédants, « démocratiquement » élus : Trump, Poutine, Nétanyahou et consorts…
Faisons tout pour ne pas céder à la fatigue.
Bernard Sobel

*

Le premier volet du diptyque, Kafka, à propos… est composé de :
L’instituteur de village – Les 7, 9, 14 et 16 mai – Claude Guyonnet
– Extrait –
Ceux qui – je suis du nombre – trouvent déjà repoussant une petite taupe banale auraient vraisemblablement été tués par leur répulsion s’ils avaient vu la taupe géante qui, voilà quelques années, fut observée à proximité d’un petit village, qui du coup, acquit une certaine notoriété éphémère. À présent, il est à vrai dire retombé dans l’oubli depuis longtemps déjà et ne fait que partager l’obscurité où a sombré tout le phénomène, demeuré totalement inexpliqué, mais que l’on ne s’est pas non plus beaucoup efforcé de tirer au clair, et qui, par suite de l’inconcevable négligence des milieux qui auraient dû s’en soucier et qui se soucient effectivement avec zèle de choses bien plus futiles, a été oublié sans avoir été examiné de plus près. Le fait que le village se situe très loin du chemin de fer ne saurait en tout cas excuser la chose, beaucoup de gens arrivèrent par curiosité de très loin, même de l’étranger, seuls ceux qui auraient dû manifester plus que de la curiosité ne vinrent pas.

Nouvelles et récits
Traduction Jean-Pierre Lefebvre, éditions Gallimard
2018 P.564

En construisant la muraille de Chine – Les 8, 10, 15 et 17 mai – Gilles Masson
– Extrait –
La muraille de Chine a été achevée en son point le plus septentrional. Partie du Sud-Est et du Sud-Ouest, la construction a été réalisée jusqu’au point de jonction situé ici. Ce système de construction fractionnée a également été adoptée à plus petite échelle, au sein des deux grandes armées de travail, l’armée de l’Est et l’armée de l’Ouest.
On constituait des bataillons d’environ vingt ouvriers à qui étaient confié le soin de réaliser une fraction de muraille d’environ cinq cent mètres de longueur et un bataillon voisin venait alors à leur rencontre en construisant une portion de muraille de longueur similaire. Une fois la jonction réalisée, cependant, on ne poursuivait pas la construction en reprenant à l’extrémité de ces mille mètres, mais on préférait envoyer les bataillons d’ouvriers travailler à la construction de la muraille en de toutes autres contrées. De la sorte apparurent bien entendu de nombreuses et grandes béances qui ne furent lentement comblées que par après, et même, pour certaines, bien après la construction de la muraille. On dit même qu’il existe des béances qui n’ont pas du tout été obturées.

Nouvelles et récits
Traduction Jean-Pierre Lefebvre, Éditions Gallimard, 2018, P.643

Le Secret d’Amalia, un chapitre du Château – 7-17 maiValentine Catzeflis, Matthieu Marie, Mathilde Marsan
Le Château, (titre original Das Schloss), écrit en 1922 est le troisième et dernier roman de Franz Kafka (1883-1924), inachevé, comme le sont L’Amérique et Le Procès. Il est une métaphore de la vie humaine et de la quête, vaine, mais obstinée, de sens. L’ouvrage est publié en 1926 à titre posthume à l’initiative de Max Brod, ami de l’auteur. Franz Kafka est mort le 3 juin 1924 au sanatorium de Kierling, près de Vienne.
Le récit suit les aventures de K., qui se bat pour entrer en contact avec les autorités du village où il vient d’arriver, Il est étranger et cherche à officialiser son statut d’arpenteur. Mais le château sombre et irréel où résident les fonctionnaires est inaccessible. Cet édifice surplombe le village et abrite toute l’administration, il est impénétrable et investi d’une autorité que personne ne mesure vraiment.

– Extrait –
Olga : Est-ce que tu veux vraiment savoir ?
K : Pourquoi est-ce que tu me demandes cela, si c’est nécessaire, je veux le savoir,
mais pourquoi me poses-tu cette question ?
Olga : Par superstition, tu seras entraîné dans nos affaires, tout en étant innocent,
pas beaucoup plus coupable que Barnabas.
K. : Raconte vite, je n’ai pas peur. Avec ton anxiété de femme, tu rends les choses
pires qu’elles ne sont.
Olga : Juge par toi-même, ça a d’ailleurs l’air très simple, on ne comprend pas tout
de suite comment ça peut avoir une si grande importance.

Le Château,
Le Métier de messager. Trad.
Jean-Pierre Lefebvre, éditions Gallimard 2018, p. 702

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Le second volet du diptyque est Le Récit de la servante Zerline, cinquième chapitre des Irresponsables de Hermann Broch – 7-17 mai – Julie Brochen et Sylvain Martin

Je n’ai rien trouvé de mieux aujourd’hui, et seulement pour l’instant, j’espère, pour dire en peu de mots – ceux de Franz Kafka – la fragile raison d’être de l’adaptation du texte de Hermann Broch Le récit de la servante Zerline : La bête arrache le fouet au maître et se fouette elle-même, pour devenir le maître et ne sait pas qu’il ne s’agit là que d’une hallucination, produite par un nœud nouveau dans la lanière du fouet du maître.
Zerline est comme les autres personnages qu’il a essayé d’épingler, « apolitique » dans la mesure où ils ne se sentent pas concernés par la politique et ne sont d’ailleurs pas en mesure de l’être. Ils flottent dans un brouillard sombre et nébuleux. Aucune de ces silhouettes n’est en quoi que ce soit « responsable » de ce qui va arriver.
C’est justement cet état spirituel et moral qui a rendu possible la catastrophe qu’allait connaître le pays de Goethe. L’indifférence à la politique est en fait une perversion morale qui permet un état des choses qui semble être le nôtre aujourd’hui.

Bernard Sobel.

SHÉHÉRAZADE

Dinarzade : « Ma sœur, si vous ne dormez pas, dites-nous un de ces contes que vous savez et que j’aime tant. »

Shéhérazade naît sous les vers d’un poète.
« Je voudrais cette pièce dramatique, magique aussi et presque sans humour — il y en aura malgré moi. »

Supervielle donne la magie du verbe qui a le pouvoir de repousser l’échéance fatale.

La première représentation de Shéhérazade a lieu au Palais des Papes en Avignon le 17 juillet 1948 sous la direction de Jean Vilar.

La mise en scène de Véronique Gargiulo, sobre et épurée tend à créer cet « espace vide » cher à Peter Brook pour mieux faire entendre le texte dans sa force directe et sa puissance poétique.

UNA REPUBLIKA DE DOLORES

Émeline et Didier Lazaro évoquent l’exil et le déracinement, à travers le souvenir de leur grand-mère Dolores, qui a du quitter son pays, fuyant une dictature comme bon nombre de républicains espagnols au  XXᵉ siècle.

Émeline et Didier Lazaro rendent hommage aux réfugiés espagnols qui ont dû fuir le régime fasciste du Général Franco après trois ans de lutte inégale d’une guerre que l’on dit civile mais qui s’avère être internationale. Tirée des témoignages des derniers survivants des camps d’Angoulême ainsi que des informations glanées au fil des années, des rencontres et des recherches sur ce passé méconnu.

Nous souhaitons par cette pièce remercier tous ces gens, partis aujourd’hui, qui nous ont légué leur force, joie de vivre, leur poings levés, leurs rires en souvenir de ces êtres extraordinaires qui nous ont élevé et rendu fier de ce que l’on sait…

Dire merci à cette femme exceptionnelle qui portait ses « dolores » mais nous a légué un cœur léger toujours en quête de liberté.

DOLORES : Prénom féminin signifiant douleurs, maux…

RÉPUBLIQUE : Nom féminin. Forme d’organisation politique dans laquelle les détenteurs du pouvoir l’exercent en vertu d’un mandat conféré par le corps social.

VILLA DOLOROSA

Trois sœurs, trois anniversaires, une villa qui s’effrite. En transposant Tchekhov dans notre époque, Rebekka Kricheldorf signe une œuvre aussi drôle que désespérée.

Dans ce salon bourgeois où le temps semble suspendu, nous découvrons des êtres cultivés jusqu’à la paralysie, conscients de leur condition mais incapables de s’en extraire.

Le spectateur devient complice de ces rituels où l’on parle sans agir, où les velléités de changement se heurtent à l’attrait secret de l’immobilisme. Quand des éléments extérieurs viennent perturber cet équilibre fragile, l’ambivalence des personnages éclate au grand jour.

Des parents cultivés et russophiles ont donné à leurs enfants, outre le goût de l’art, des prénoms tchekhoviens. Irina, l’éternelle étudiante qui traîne en pyjama, est la cadette, entre Olga, enseignante et rationnelle, et Macha, la benjamine, qui s’échappe quotidiennement d’un mariage tiède en traversant la rue pour rejoindre la maison familiale, ses sœurs et son frère Andreï, qui n’en finit pas de peaufiner son futur livre. Projet plus que jamais relégué au second plan car il est tombé amoureux.
L’arrivée de Janine, la copine, si elle provoque une série de décalages, apporte un souffle neuf, un sens certain des réalités. Et puis il y a Georg, ami d’Andreï, visiteur assidu de cette villa où il trouve l’air et la fantaisie dont le prive son existence engluée entre une femme suicidaire et une carrière dont la banalité le désole.

Année après année, rien ne change, les anniversaires sont invariablement gâchés. La famille s’agrandit, le temps coule, les mots resurgissent, comme les maux, triviaux et métaphysiques.

Car on parle, et beaucoup, entre les murs de la Villa Dolorosa – figurés dans une sorte d’opulence dépouillée. On se dit tout, sans filtre et sans tabou, entre les membres de la famille Freudenbach (ruisseau de joie, littéralement). Tout. Avec une franchise exubérante et mélancolique, une férocité terrible parfois. Avec surtout un amour qui, pour cruel qu’il soit, déborde de partout.

NOTRE-DAME DE PARIS — ‘ANÁΓKH

Cette adaptation de Notre-Dame de Paris se déroule dans un monde sans époque précise, mais que tout le monde reconnaît.
La cathédrale n’est plus un monument figé, elle devient un corps de métal, un bastion vertical, un théâtre de pierre où s’écrase tout ce que l’humanité a d’irrécupérable : la misère, la solitude, le désir, le pouvoir.
Il n’y a pas de reconstitution historique ici.
Pas de folklore, pas de dentelles, pas de “Gitane romantique”. Seulement des hommes et des femmes jetés dans une société qui les dévore.

Esmeralda n’est pas une muse. Elle est une survivante.
Quasimodo n’est pas une âme pure. Il est un silence.
Frollo n’est pas un monstre. Il est un homme brisé.
Phoebus n’est pas un héros. Il est un vide.
Clopin n’est pas un roi. Il est un misérable.
Chaque personnage lutte pour exister dans un monde où la beauté, la morale, la justice ne sont plus que des masques.

La pièce se resserre sur six figures principales (Esmeralda, Frollo, Phoebus, Quasimodo, Clopin, Gringoire), épurées à l’os, et traverse leur chute inexorable.
L’amour devient une punition.
La religion, une pulsion refoulée.
La justice, un théâtre d’exécution.

Le texte puise dans le souffle d’Hugo, sa rage, ses visions, ses violences, mais est entièrement réécrit.
C’est une langue lyrique et brutale, traversée par des métaphores et des silences étouffants.
Le style s’inspire du théâtre européen contemporain : ruptures de ton, irruptions de réalisme, adresses au public, silences incarnés, cadrages sonores ou lumineux violents, dans la lignée d’un théâtre à la Ostermeier.

Au cœur du spectacle, le désir est politique.
Aimer, ici, c’est mettre son corps en jeu dans une société qui nie les pauvres, méprise les femmes, ridiculise les déviants. Ce n’est pas une Esmeralda érotisée que l’on verra, mais une jeune mendiante, coupable d’avoir dansé, livrée aux caprices d’un prêtre en crise, d’un soldat glacial, et d’un peuple aveugle. La cathédrale devient alors le lieu d’un sacrifice païen, où la beauté est pendue, et le silence sonne la fin.

Pour un public sensible au théâtre contemporain, pour ceux qui aiment les classiques reconfigurés avec radicalité, pour les amoureux du texte, et ceux qui n’ont jamais vu Quasimodo autrement que dans un dessin animé.

1.2.3.TCHEKHOV !

Un triptyque de comédies brèves d’Anton Tchekhov

Bienvenue dans l’univers de Tchekhov, où le comique se moque du tragique, où personne ne s’écoute vraiment, et où la vie ressemble à une mauvaise pièce de théâtre qu’on serait condamné à jouer jusqu’au bout.

Trois histoires d’hommes. Trois effondrements. Un même génie du ratage.

Dans Le Chant du cygne, un vieux comédien ivre se réveille seul dans un théâtre vide. Entre deux tirades pathétiques de Shakespeare, il réalise que son existence n’a été qu’une longue comédie ratée. Applaudissements factices, souvenirs délirants : le rideau tombe sur une carrière qui n’a jamais vraiment existé.

Tragédien malgré lui nous offre un fonctionnaire transformé en bête de somme domestique. Courses sans fin pour la famille et les voisins. La liste s’allonge jusqu’à l’asphyxie. Ce qui devait être une simple sortie devient un calvaire où chaque demande supplémentaire l’enfonce un peu plus dans l’hystérie. Martyr du quotidien, il porte sa croix avec une dignité tragique totalement disproportionnée.

Dans Duel (adaptation pour deux comédiens de la nouvelle Un Duel), deux hommes que tout oppose – un scientifique arrogant et un fonctionnaire dépressif – se détestent jusqu’à l’affrontement final. Pistolets à l’aube ! Sauf que personne ne sait vraiment pourquoi ils se battent. L’honneur ? L’orgueil ? L’ennui monstrueux de la vie de province ? Le duel devient une farce métaphysique où chacun espère secrètement manquer sa cible.

Le lien entre ces trois textes ? L’art tchékhovien de transformer l’échec en spectacle jubilatoire. Les personnages s’effondrent avec panache, hurlent leur désespoir dans le vide, et se débattent dans des drames qu’ils ont eux-mêmes fabriqués. Ils sont grotesques, touchants, insupportables – et terriblement humains.

*

Précédents spectacles de la compagnie Théâtre Odyssée joués au Théâtre de l’Épée de Bois : Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke (2023 et 2024) et Les Carnets de Harry Haller, extrait du roman Le Loup des steppes de Hermann Hesse (2024).

Précédents spectacles de la Compagnie du Sablier joués au Théâtre de l’Épée de Bois : Vincent van Gogh, la quête absolue (2024), Bartelby le scribe d’Herman Melville (2024).

ONCLE VANIA

Une enchanteresse est à l’origine de toutes les envies d’échapper aux amertumes de la vie. Le vieux professeur représente la sécurité de la norme, un conformisme qui tarit la source vive de nos décisions et de nos rêves. Un père angoissé, un oncle spolié de ses ambitions, un médecin brisé par les affres du monde. La jeune femme, cœur de cette pièce, porte les rêves condamnés, victime de la dépossession orchestrée en dehors d’elle. Un maître du domaine voué au seul travail. Deux vies sacrifiées.

Projet Tchekhov

La Mouette et Oncle Vania présentent la même structure en quatre actes non découpés en scènes. Nous proposons de permettre aux spectateurs d’établir des juxtapositions entre ces deux œuvres, jouées en miroir.

Les liens Père/ fille – Mère/ fils.
Kostia et Sonia côte à côte dans leurs relations avec leur parentèle. Il se sent négligé et rejeté par sa mère, qui ne reconnaît pas son talent Elle, n’est prise en compte par personne.

Les rêves brisés de Nina trouvent leur reflets dans ceux de Vania. Les illusions volent en éclat. Les relations amoureuses sont contrariées dans un enchevêtrement semblable entre les deux œuvres. L’aliénation de l’héritage, la perte d’un bien fondateur de la famille est l’élément déclencheur de la dramaturgie.

Les thèmes récurrents dans l’œuvre d’Anton Tchekhov.
Cette vie n’a été que mascarade, rien n’a eu lieu en dehors de nos illusions… Au fond, une question se pose : « Pourquoi les enfants doivent-ils porter la charge de la dette des manquements des parents ? »

KAFKA, à propos…

Kafka, à propos… est composé de :

L’instituteur de village – Les 7, 9, 14 et 16 mai – Claude Guyonnet
– Extrait –
Ceux qui – je suis du nombre – trouvent déjà repoussant une petite taupe banale auraient vraisemblablement été tués par leur répulsion s’ils avaient vu la taupe géante qui, voilà quelques années, fut observée à proximité d’un petit village, qui du coup, acquit une certaine notoriété éphémère. À présent, il est à vrai dire retombé dans l’oubli depuis longtemps déjà et ne fait que partager l’obscurité où a sombré tout le phénomène, demeuré totalement inexpliqué, mais que l’on ne s’est pas non plus beaucoup efforcé de tirer au clair, et qui, par suite de l’inconcevable négligence des milieux qui auraient dû s’en soucier et qui se soucient effectivement avec zèle de choses bien plus futiles, a été oublié sans avoir été examiné de plus près. Le fait que le village se situe très loin du chemin de fer ne saurait en tout cas excuser la chose, beaucoup de gens arrivèrent par curiosité de très loin, même de l’étranger, seuls ceux qui auraient dû manifester plus que de la curiosité ne vinrent pas.

Nouvelles et récits
Traduction Jean-Pierre Lefebvre, éditions Gallimard
2018 P.564

En construisant la muraille de Chine – Les 8, 10, 15 et 17 mai – Gilles Masson
– Extrait –
La muraille de Chine a été achevée en son point le plus septentrional. Partie du Sud-Est et du Sud-Ouest, la construction a été réalisée jusqu’au point de jonction situé ici. Ce système de construction fractionnée a également été adoptée à plus petite échelle, au sein des deux grandes armées de travail, l’armée de l’Est et l’armée de l’Ouest.
On constituait des bataillons d’environ vingt ouvriers à qui étaient confié le soin de réaliser une fraction de muraille d’environ cinq cent mètres de longueur et un bataillon voisin venait alors à leur rencontre en construisant une portion de muraille de longueur similaire. Une fois la jonction réalisée, cependant, on ne poursuivait pas la construction en reprenant à l’extrémité de ces mille mètres, mais on préférait envoyer les bataillons d’ouvriers travailler à la construction de la muraille en de toutes autres contrées. De la sorte apparurent bien entendu de nombreuses et grandes béances qui ne furent lentement comblées que par après, et même, pour certaines, bien après la construction de la muraille. On dit même qu’il existe des béances qui n’ont pas du tout été obturées.

Nouvelles et récits
Traduction Jean-Pierre Lefebvre, Éditions Gallimard, 2018, P.643

Le Secret d’Amalia, un chapitre du Château – 7-17 maiValentine Catzeflis, Matthieu Marie, Mathilde Marsan
Le Château, (titre original Das Schloss), écrit en 1922 est le troisième et dernier roman de Franz Kafka (1883-1924), inachevé, comme le sont L’Amérique et Le Procès. Il est une métaphore de la vie humaine et de la quête, vaine, mais obstinée, de sens. L’ouvrage est publié en 1926 à titre posthume à l’initiative de Max Brod, ami de l’auteur. Franz Kafka est mort le 3 juin 1924 au sanatorium de Kierling, près de Vienne.
Le récit suit les aventures de K., qui se bat pour entrer en contact avec les autorités du village où il vient d’arriver, Il est étranger et cherche à officialiser son statut d’arpenteur. Mais le château sombre et irréel où résident les fonctionnaires est inaccessible. Cet édifice surplombe le village et abrite toute l’administration, il est impénétrable et investi d’une autorité que personne ne mesure vraiment.

– Extrait –
Olga : Est-ce que tu veux vraiment savoir ?
K : Pourquoi est-ce que tu me demandes cela, si c’est nécessaire, je veux le savoir,
mais pourquoi me poses-tu cette question ?
Olga : Par superstition, tu seras entraîné dans nos affaires, tout en étant innocent,
pas beaucoup plus coupable que Barnabas.
K. : Raconte vite, je n’ai pas peur. Avec ton anxiété de femme, tu rends les choses
pires qu’elles ne sont.
Olga : Juge par toi-même, ça a d’ailleurs l’air très simple, on ne comprend pas tout
de suite comment ça peut avoir une si grande importance.

Le Château,
Le Métier de messager. Trad.
Jean-Pierre Lefebvre, éditions Gallimard 2018, p. 702

LE RÉCIT DE LA SERVANTE ZERLINE

Une autre anonyme.

La servante Zerline fait partie d’une série de portraits qu’Hermann Broch a essayé de saisir de ceux qui habitaient le temps qui a précédé l’arrivée d’Hitler au pouvoir.
Zerline est comme les autres personnages qu’il s’est efforcé d’épingler, « apolitique » dans la mesure où ils ne se sentent pas concernés par la politique et ne sont d’ailleurs pas en mesure de l’être. Ils flottent dans un brouillard sombre et nébuleux. Aucune de ces silhouettes n’est en quoi que ce soit « responsable » de ce qui va arriver.
C’est justement cet état spirituel et moral qui a rendu possible la catastrophe qu’allait connaître le pays de Goethe.
L’indifférence à la politique est en fait une perversion morale qui permet un état des choses qui semble être le nôtre aujourd’hui.
Bernard Sobel