Archives pour la catégorie prochainement

LA MUERTE DEL PADRE

Petra, une bouchère abandonnée, vit avec Luca, sa petite amie comédienne, et Estela, sa fille anarchiste. Unies, elles affrontent l’irruption d’un père cosmonaute perdu dans le temps et d’un militaire qui a égaré son armée, au cœur d’un drame délirant qui orbite autour de la mort du père.

*

La Mort du Père explore les fissures générationnelles et affectives de notre temps à partir de la rencontre impossible entre un père et une fille qui ne se reconnaissent pas. Un cosmonaute mourant — héritier des grandes utopies du XXe siècle — se confronte à Petra, qui habite la matérialité radicale du présent.
Entre eux s’ouvre une distance irréconciliable : de langages, de corps et de mémoire. L’œuvre situe le lien intime comme champ de conflit, où nommer le père devient impossible.
Elle propose ainsi une confrontation entre générations non comme réconciliation, mais comme une tension qui, dans son silence, ouvre la possibilité d’imaginer une autre forme de communauté.

« … La proposition dramaturgique et scénique cherche à réactiver le langage des liens intimes comme champ de bataille idéologique, où la pensée devient corps, affect et conflit. »

Hermanos Ibarra Roa

STABAT MATER FURIOSA

Face à l’horreur, une femme se tient droite, refuse les larmes et la  soumission. Seule face au fracas du monde et à la folie destructrice  des hommes, elle accuse. Sa parole devient une arme tranchante et  viscérale; un blasphème sacré qui arrache la paix au silence des  tombes.

Écrit en 1999 par le poète et dramaturge Jean-Pierre Siméon, Stabat  Mater Furiosa est un poème dramatique d’une puissance rare, un  monologue théâtral qui s’érige comme l’un des réquisitoires les plus  violents et les plus beaux de la littérature contemporaine contre la  guerre.
Là où le mythe traditionnel impose la figure d’une femme  passive, écrasée par la douleur, Jean-Pierre Siméon opère un  changement radical : sa mater n’est pas douloureuse, elle est furieuse. Seule, face au fracas invisible d’une guerre sans nom et  sans époque, une femme se tient droite. Autour d’elle-même, la folie destructrice des hommes. Devant elle, “l’homme de la guerre“,  cette figure universelle qui détruit, viole et pille au nom d’idéologies abstraites.
Refusant le rôle de victime sacrificielle  qu’on veut lui assigner, elle refuse de pleurer. Ses larmes se  transforment en une parole de feu, une invective charnelle et  viscérale. Elle accuse, elle dissèque la bêtise de la violence. Sa  parole devient une arme poétique de destruction massive capable de  fissurer la certitude des bourreaux. “Je reste debout dans le vent noir  de vos haines“.
La langue de Jean-Pierre Siméon est à la fois brute  et hautement lyrique. Plus qu’une simple pièce de théâtre, Stabat  Mater Furiosa est un texte qui arrache de force l’espoir au silence  des tombes. Il célèbre la vie et l’espoir avec une fureur  incandescente.

PHÈDRE

Phèdre a une personnalité tellement puissante et forte que beaucoup de metteurs en scène confient le rôle à des femmes d’âge mûr, en oubliant que le fils de la petite sœur d’Ariane est si jeune qu’il n’est jamais nommé… La Phèdre de Racine n’a pas l’âge de Thésée mais celui d’Hippolyte, et, comme lui, elle est avant tout lumière (le sens du mot Phèdre en grec), pudeur et pureté. Ce n’est pas parce qu’il est plus jeune (ou parce qu’il est son beau-fils) que le tragique intervient mais parce que Phèdre croit Hippolyte «insensible», c’est-à-dire complètement étranger à tout ce qui procède du corps et de l’amour, puis parce que l’Amour est aveugle, et qu’il n’unit pas les deux que tout devrait rapprocher. Phèdre et Hippolyte brûlent en effet ensemble de contradictions qu’ils n’arrivent pas à maîtriser et se battent ensemble pour concilier ce mélange, propre à la grande jeunesse, d’énergie et de fragilité, d’absolu et d’intransigeance, de pureté et de complexité, de violence et de passion.
La pièce perd beaucoup si on oublie cela et on ne comprend pas pourquoi l’ultime mot de Phèdre est « pureté »… Ce mot-clef est le fil directeur de notre mise en scène, d’autant qu’aucun des personnages de la pièce n’est médiocre ou en demi-teinte.
Ils sont tous entiers et inaptes au compromis. Ce qui les amène à s’opposer plus ou moins radicalement, et au travers-même de ces variations et oppositions, de justement développer une réflexion originale sur la notion d’Absolu. Cela n’étonne pas quand on rappelle que Racine n’a jamais cessé de faire sa cour à Louis XIV, et à punir de mort ses personnages (Phèdre, Hippolyte ou Œnone) qui ne vivent pas l’Absolu à la manière de ce monarque, c’est à dire dans les limites de ce qu’on doit à sa gloire.

Pierre Deusy

MACBETH

« Les peurs que l’on ressent ne sont rien auprès des terreurs que l’on imagine. » Ce que Shakespeare dit de façon radicale, c’est que ce qui n’est pas, ce qui est de la seule étoffe de nos rêves, des songes, des désirs – c’est cela seul qui est et fait la trame secrète de notre vie.

Cette citation opère un jour renversement fondamental : Macbeth cesse d’être une pièce sur un roi assassin pour devenir le portrait d’un homme dévoré par l’avant-coup de ses actes. Comme le souligne A. C. Bradley, Macbeth possède une « imagination de poète » : c’est elle qui transforme l’ambition en visions hallucinées, rendant le poignard flottant ou le spectre de Banquo plus réels que le trône lui-même….

Cette lecture s’ancre dans les études récentes sur l’imagination pathologique à la Renaissance. Suparna Roychoudhury montre que la pièce interroge « la ligne ténue entre fantasme hallucinatoire et subjectivité ordinaire » et pose une question cruciale : dans quelle mesure nos images mentales nous appartiennent-elles ?
Elle fait également le pari que la trame secrète de Macbeth (ses songes, ses peurs anticipées) est le seul vrai personnage de la tragédie. Le réel (la cour, les batailles) n’en est que le décor flou. En donnant corps à ce qui n’est pas, Shakespeare montre que l’imaginaire ne prépare pas à l’action : il est l’action, et il consume. La forêt de Birnam n’avance pas : elle surgit du regard terrifié de Macbeth, parce que c’est là, dans son œil, que se tisse la seule fatalité qui compte…

Jérôme Méla

*

Le contexte historique : sorcellerie, politique et mécénat royal.

Cette plongée dans l’imaginaire prend un relief particulier à la lumière des sources et du contexte de la pièce. Shakespeare puise dans les Chroniques de Holinshed (1587), mais prend des libertés majeures. Il transforme Banquo – complice du meurtre dans la chronique – en figure intègre, hommage direct au roi Jacques Ier, descendant supposé de Banquo.
Ce choix est d’autant plus significatif que le roi était un fervent croyant en la sorcellerie. En 1597, il avait publié son Daemonologie, un traité où il affirme que la sorcellerie est une « trahison envers Dieu » et approuve la chasse aux sorcières. Sa conviction était ancrée dans un traumatisme personnel : en 1589, il attribua une violente tempête en mer à un complot de sorcières, déclenchant la chasse aux sorcières de North Berwick (1590-1592). Jacques Ier se croyait la cible d’un complot satanique et assista à la torture de sorcières présumées.
En incluant les sorcières dans Macbeth, Shakespeare rend donc un hommage direct au traité royal – tout en prenant un risque considérable : présenter un régicide écossais à un roi écossais fraîchement couronné, dans un contexte encore brûlant de la Conspiration des Poudres (1605). Pourtant, le pari fut un succès : dès 1603, Jacques avait fait de la troupe de Shakespeare les « King’s Men », et Macbeth consolida ce mécénat royal.

*

« Avec sa mise en scène de Macbeth, de ce règne « plein de bruit et de fureur » d’un ancien roi d’Ecosse, Jérôme Méla nous « donne à voir » – au sens vrai du mot « théâtre » – une tragédie littéralement en train de naître sous nos yeux — et de naître de rien — d’un peu de brume impalpable, au ras du sol. Une tragédie complexe, humaine trop humaine et inhumaine à la fois par l’intensité des désirs qu’elle met en jeu, l’immoralisme qu’elle met au jour, l’étrange issue politique qu’elle suscite pour redonner sens à l’inintelligible chaos…. » (lire la suite ici)

Gisèle Venet
Professeure émérite – Université Sobonne Nouvelle
– études shakespeariennes

UN FIL À LA PATTE

Dans le Fil à la patte, « le scalpel de Feydeau » est d’autant plus affûté que non seulement il croque notre société dans les rapports homme/femme mais qu’il s’attaque aussi à une société dont les membres n’hésitent pas à employer tous les subterfuges possibles pour sauver et maintenir leurs positions sociales et financières: le nœud de la guerre est l’argent !

Une société de pique assiettes, ruinés ou en passe de l’être se retrouve chez Lucette, chanteuse de son état, reine du moment adulée par la presse et le public parisien. Celle-ci prodigue avec générosité le couvert et l’argent, mais gare à celle ou celui qui essaie de sortir de son petit cercle où elle règne en despote…

… Fernand de Bois d’Enghien va faire les frais de ce parfait petit tyran ! En effet, amant de Lucette, il n’arrive pas à rompre avec elle et pourtant le soir même il signe son contrat de mariage avec la très fortunée Viviane, fille de la Baronne Duverger. Ce qui devait arriver arriva, Lucette qui est engagée par la Baronne pour couronner la petite fête donnée à l’occasion de la signature du contrat de mariage, tombe nez à nez avec Fernand. Le scandale éclate alors ! Ni l’imagination de Fernand pour sauver son mariage coûte que coûte ni la vengeance de Lucette n’auront de frein.

*

Revue de presse
Cliquer pour agrandir