Archives pour la catégorie spectacle en cours

ANIMAUX — ÜBER TIERE

Un texte en prise avec l’actualité / De l’instrumentalisation des corps

Animaux d’Elfriede Jelinek n’a jamais été mis en scène en France. Cette pièce, écrite en 2006 (il y a donc 20 ans), a été traduite par Dieter Hornig et Patrick Démerin pour une publication en 2012 chez Verdier. Elle fut créée en 2007 à Vienne, avant d’être jouée à Berlin puis à Zürich. Mais donc, comme nous le disions, jamais en France.
Il faut dire que le théâtre de Jelinek, mis à part peut-être une pièce comme Ce qui arriva après le départ de Nora ou certaines de ses pièces courtes réunies dans Désir & permis de
conduire ou Drames de princesses, ce théâtre, de manière générale, effraie. Soit les structures en sont bouleversées, comme dans Restoroute ou Une Pièce de sport, soit encore la pièce dérive en une orgie malsaine, comme dans Maladie ou Femmes modernes.
Mais ce qui rebute le plus provient sans doute de la proposition d’écriture de Jelinek. En effet, nous n’avons affaire qu’à quelques rares exceptions à des scènes « classiques », à savoir une situation, des scènes dialoguées, une progression dramaturgique. Ce qui domine bien souvent l’écriture dramatique de Jelinek, c’est le monologue. Et celui-ci peut s’étendre de manière littéralement disproportionnée. C’est le cas par exemple de Bambiland, Winterreise, Les Suppliants, Ombres (Eurydice parle), Sur la voie royale. Pour cette dernière pièce, qui traite de l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, la pièce se déploie en un vaste monologue dont la durée totale avoisine les quatre heures… Notre pièce ne fait pas exception à la règle, puisqu’elle est composée de deux grands monologues, d’une durée de 40 à 45 minutes chacun.
Cette forme, délibérément assumée par Jelinek, a pour but non seulement de casser les structures dramatiques classiques, mais également de faire entendre une parole sur la durée. Plus précisément, de faire entendre une pensée. En effet, dans le cas d’Animaux,
deux paroles, deux pensées, viennent se confronter. Celle d’une femme et celle (supposément) d’un homme. Particularité : les deux monologues peuvent tout à fait se jouer indépendamment l’un de l’autre. Ils sont assez cohérents et explosifs pour cela. Mais l’ensemble prend d’autant plus d’ampleur lorsque ceux-ci s’enchaînent l’un à la suite de l’autre.
D’un côté, nous avons donc une femme seule. Elle s’adresse à son « singulier monsieur », que nous ne voyons pas. Les liens entre les deux ne sont pas clairement établi. Est-il son psy, son amant, son mari, ou simplement une représentation de la figure masculine ? Ce qui est certain, c’est que cette femme est en pleine crise existentielle. Au cours de sa logorrhée, elle parle essentiellement de l’amour. Qu’est-ce que l’amour, comment le partager, le donner, le prendre. Et finalement, existe-t-il ? Est-il possible entre deux êtres ? Et sous quelle forme ? Peu à peu, insidieusement, cette réflexion sur l’amour dérive en une réflexion sur le choix de mener sa vie comme on l’entend, la liberté d’être pleinement ce que l’on est ou aspire à être, et finalement la difficulté d’être tout simplement une femme dans ce monde, sans pour autant être une potiche, une bonniche, un sous-être, un objet sexuel ou un support d’humiliation. Sujet on ne peut plus brûlant.
De l’autre côté, nous avons le monologue hallucinant et halluciné de l’homme. Ce dernier ne s’adresse nullement à la femme. Et encore moins aux femmes. Mais tout son discours est entièrement centré sur elles. En effet, cet homme, sorte de cyber-proxénète, tout droit sorti d’un marché à la criée, d’une salle des ventes ou d’une place financière, propose au plus offrant toutes sortes de femmes, qui ne sont autres que des prostituées. Son catalogue semble être illimité : tous les âges et différents services sexuels sont proposés, comme on ferait son choix sur un menu de restaurant.
Son monologue, terrifiant par son contenu, l’est aussi par sa forme. L’écriture se fait ici particulièrement crue, violente et dérangeante. Mais aussi, et c’est ça tout le savoir-faire de Jelinek, extrêmement drôle. Résultat pour le spectateur : un profond malaise et, de fait, une profonde réflexion vis-à-vis de ce à quoi il assiste. Et c’est précisément là le but recherché. Susciter la réflexion et nous bousculer en profondeur.
Ce que sera, in fine, le spectacle, nous ne le savons pas encore. Il va falloir trouver la forme, l’approche, l’atmosphère qui correspondront le plus fidèlement possible à l’univers de Jelinek. D’un côté, le monologue de la femme fait clairement penser à une séance d’analyse. Les spectateurs seraient alors les oreilles écoutant silencieusement se vider par la parole le mal-être. D’un autre côté, le monologue de l’homme fait au contraire penser à un show extraverti, une sorte de spectacle fou dans lequel tout à chacun est interpellé (en l’occurrence ici, les spectateurs seront aux premières loges). Deux éléments me semblent essentiels pour créer ces deux ambiances très différentes.
Si dans la première partie, j’imagine un espace très sobre, une lumière très tamisée, une musique mélancolique flottant dans l’air (les lieder de Schubert s’imposent ici à plus d’un titre), par contraste, la seconde devra être une explosion de lumières colorées, quelque chose de tout à fait exubérant, bruyant, à la limite de l’insoutenable.
Dans les deux cas, je n’exclus pas de faire appel à la projection vidéo. En effet, il me semble pertinent de venir soutenir le propos de la femme par la projection d’images (je songe ici aux tableaux de Caspar Friedrich), qui viendraient décrire une sorte de paysage intérieur. Une forme d’esthétisme qui, croisé avec les lieder de Schubert, proposerait comme un tableau vivant. Inversement, l’utilisation de la vidéo sur le monologue de l’homme montrerait, par contraste, toute la vulgarité et la violence des images « crues », dépouillées, précisément, de toute valeur esthétique, telle une sorte d’Instagram de la marchandisation des corps (nous n’en sommes d’ailleurs pas loin…).

Sylvain Martin

MIROIR D’UN NAUFRAGÉ

Trois Blaise, enfermés dans un lieu clos qui évoque leur psyché, incarnent les fragments d’un même être. À travers leurs dialogues se révèlent peu à peu trois dimensions fondamentales, trois voix intérieures se confrontent. Comme dans En attendant Godot, ils attendent… un cafard.

LA SECONDE SURPRISE DE L’AMOUR

Deux aristocrates voisins vivent un deuil amoureux et semblent inconsolables. Leur désespoir les rapproche, mais leur orgueil les empêche de s’avouer mutuellement leur amour. Les pressions maladroites de rivaux et de domestiques les plongent dans une embrouille inextricable. La Seconde Surprise est le deuxième volet indépendant de deux comédies où Marivaux illustre la cohabitation explosive entre la susceptibilité et l’amour.

LA MUERTE DEL PADRE

Petra, une bouchère abandonnée, vit avec Luca, sa petite amie comédienne, et Estela, sa fille anarchiste. Unies, elles affrontent l’irruption d’un père cosmonaute perdu dans le temps et d’un militaire qui a égaré son armée, au cœur d’un drame délirant qui orbite autour de la mort du père.

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La Mort du Père explore les fissures générationnelles et affectives de notre temps à partir de la rencontre impossible entre un père et une fille qui ne se reconnaissent pas. Un cosmonaute mourant — héritier des grandes utopies du XXe siècle — se confronte à Petra, qui habite la matérialité radicale du présent.
Entre eux s’ouvre une distance irréconciliable : de langages, de corps et de mémoire. L’œuvre situe le lien intime comme champ de conflit, où nommer le père devient impossible.
Elle propose ainsi une confrontation entre générations non comme réconciliation, mais comme une tension qui, dans son silence, ouvre la possibilité d’imaginer une autre forme de communauté.

« … La proposition dramaturgique et scénique cherche à réactiver le langage des liens intimes comme champ de bataille idéologique, où la pensée devient corps, affect et conflit. »

Hermanos Ibarra Roa

MÉDÉE

Médée, terrible Médée ! Femme révoltée qui trahit son père, tua son frère pour l’amour de Jason et la conquête de la Toison d’or. Dix ans après, Jason se déprend de Médée et s’apprête à épouser la fille de Créon, roi de Corinthe. Refusant la fuite, Médée va continuer à semer le feu…

L’ÉQUARRISSAGE POUR TOUS

Arromanches, 6 juin 1944 : tandis que les Alliés prennent pied sur le sol européen, un père de famille équarrisseur se préoccupe de marier sa fille au soldat allemand avec qui elle couche depuis quatre ans…

Ce résumé vous donnera une bien faible idée du bouillonnement burlesque de ce « vaudeville anarchiste ». Une farce sur un sujet grave qui fit scandale à sa création en 1950. Un pari fou dans une société en reconstruction, meurtrie et traumatisée par la violence de la guerre. En 2026, il est important pour nous de rendre justice à cette pièce et de questionner la place de la guerre dans nos sociétés et ses conséquences. La Seconde Guerre mondiale, sujet central de la pièce, résonne particulièrement bien avec nos préoccupations géopolitiques actuelles : le Brexit qui marque la fin d’une Europe unie, la guerre en Ukraine, la fin de la Pax Americana, la montée du fascisme partout dans le monde, etc. Ressusciter cette période historique et son conflit avec notre regard de contemporain permet une relecture distante et pragmatique à mettre en parallèle avec notre propre avenir. Dans un climat de guerres généralisées, nombreux sont ceux qui ont peur d’une troisième guerre mondiale.

LA VIE MATÉRIELLE

Catherine Artigala est Marguerite Duras. Elle est écriture. Elle est cette force de vie qui nous bouleverse par sa drôlerie, son culot, son insouciance, parfois, sa radicalité, souvent. Nous brouillerons les pistes. La lumière ciselée et les sons et musiques seront nos alliés d’invention. Présence aux mots, diction implacable, les silences comme le bruissement de l’intime, notre projet s’articule autour du dire, brutalité des mots qui, dans la bouche de Duras, se transforme en émotion. Duras dénoue le lien qu’elle entretient au monde, aux rapports homme/femme, à la sexualité, à son enfance. Il est question de ses obsessions, de ses peurs, de ses convictions. On découvre une Duras se débattant dans un quotidien qu’elle peine à maîtriser, se lovant dans la sensualité, chemin magnifique vers le plaisir, mêlant l’interdit et la grâce comme un pied de nez magistral fait à la bien-pensance bourgeoise et confortable.

William Mesguich

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LA DAME DE LA MER

La Dame de la mer est l’une des œuvres les plus mystérieuses d’Henrik Ibsen.

L’action se déroule en été, au bord d’un fjord, dans une maison entourée d’une nature omniprésente, où vivent le docteur Wangel, ses deux filles, Bolette et Hilde, et sa nouvelle épouse, Ellida. L’atmosphère est imprégnée de silences et de non-dits ; un équilibre fragile semble y régner.

Chaque jour, Ellida rejoint la mer dans un rituel immuable. Jusqu’au retour de l’Étranger, un marin auquel elle s’était fiancée dix ans plus tôt, à la pointe de Brattamer. Cet amour ressurgi du passé réveille en elle, avec une force irrépressible, attirance et épouvante.

D’une saisissante modernité, mêlant réel et surnaturel, La Dame de la mer interroge la puissance du désir, l’émancipation féminine et la liberté, source d’une renaissance intérieure. Ibsen compose une partition où la mer devient une force primitive qui attire, révèle et transforme.

Entre l’appel magnétique du large et l’ancrage familial, Ellida doit choisir.

Une création théâtrale, visuelle, musicale et chorégraphique portée par sept comédien·ne·s.