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L’ÉQUARRISSAGE POUR TOUS

Arromanches, 6 juin 1944 : tandis que les Alliés prennent pied sur le sol européen, un père de famille équarrisseur se préoccupe de marier sa fille au soldat allemand avec qui elle couche depuis quatre ans…

Ce résumé vous donnera une bien faible idée du bouillonnement burlesque de ce « vaudeville anarchiste ». Une farce sur un sujet grave qui fit scandale à sa création en 1950. Un pari fou dans une société en reconstruction, meurtrie et traumatisée par la violence de la guerre. En 2026, il est important pour de rendre justice à cette pièce et de questionner la place de la guerre dans nos sociétés et ses conséquences. La Seconde Guerre mondiale, sujet central de la pièce, résonne particulièrement bien avec nos préoccupations géopolitiques actuelles : le Brexit qui marque la fin d’une Europe unie, la guerre en Ukraine, la fin de la Pax Americana, la montée du fascisme partout dans le monde, etc. Ressusciter cette période historique et son conflit avec notre regard de contemporain permet une relecture distante et pragmatique à mettre en parallèle avec notre propre avenir. Dans un climat de guerres généralisées, nombreux sont ceux qui ont peur d’une troisième guerre mondiale.

LA VIE MATÉRIELLE

Catherine Artigala est Marguerite Duras. Elle est écriture. Elle est cette force de vie qui nous bouleverse par sa drôlerie, son culot, son insouciance, parfois, sa radicalité, souvent. Nous brouillerons les pistes. La lumière ciselée et les sons et musiques seront nos alliés d’invention. Présence aux mots, diction implacable, les silences comme le bruissement de l’intime, notre projet s’articule autour du dire, brutalité des mots qui, dans la bouche de Duras, se transforme en émotion. Duras dénoue le lien qu’elle entretient au monde, aux rapports homme/femme, à la sexualité, à son enfance. Il est question de ses obsessions, de ses peurs, de ses convictions. On découvre une Duras se débattant dans un quotidien qu’elle peine à maîtriser, se lovant dans la sensualité, chemin magnifique vers le plaisir, mêlant l’interdit et la grâce comme un pied de nez magistral fait à la bien-pensance bourgeoise et confortable.

William Mesguich

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LA DAME DE LA MER

La Dame de la mer est l’une des œuvres les plus mystérieuses d’Henrik Ibsen.

L’action se déroule en été, au bord d’un fjord, dans une maison entourée d’une nature omniprésente, où vivent le docteur Wangel, ses deux filles, Bolette et Hilde, et sa nouvelle épouse, Ellida. L’atmosphère est imprégnée de silences et de non-dits ; un équilibre fragile semble y régner.

Chaque jour, Ellida rejoint la mer dans un rituel immuable. Jusqu’au retour de l’Étranger, un marin auquel elle s’était fiancée dix ans plus tôt, à la pointe de Brattamer. Cet amour ressurgi du passé réveille en elle, avec une force irrépressible, attirance et épouvante.

D’une saisissante modernité, mêlant réel et surnaturel, La Dame de la mer interroge la puissance du désir, l’émancipation féminine et la liberté, source d’une renaissance intérieure. Ibsen compose une partition où la mer devient une force primitive qui attire, révèle et transforme.

Entre l’appel magnétique du large et l’ancrage familial, Ellida doit choisir.

Une création théâtrale, visuelle, musicale et chorégraphique portée par sept comédien·ne·s.

STABAT MATER FURIOSA

Face à l’horreur, une femme se tient droite, refuse les larmes et la  soumission. Seule face au fracas du monde et à la folie destructrice  des hommes, elle accuse. Sa parole devient une arme tranchante et  viscérale; un blasphème sacré qui arrache la paix au silence des  tombes.

Écrit en 1999 par le poète et dramaturge Jean-Pierre Siméon, Stabat  Mater Furiosa est un poème dramatique d’une puissance rare, un  monologue théâtral qui s’érige comme l’un des réquisitoires les plus  violents et les plus beaux de la littérature contemporaine contre la  guerre.
Là où le mythe traditionnel impose la figure d’une femme  passive, écrasée par la douleur, Jean-Pierre Siméon opère un  changement radical: sa mater n’est pas douloureuse, elle est
furieuse. Seule, face au fracas invisible d’une guerre sans nom et  sans époque, une femme se tient droite. Autour d’elle-même, la  folie destructrice des hommes. Devant elle, “l’homme de la guerre“,  cette figure universelle qui détruit, viole et pille au nom d’idéologies abstraites.
Refusant le rôle de victime sacrificielle  qu’on veut lui assigner, elle refuse de pleurer. Ses larmes se  transforment en une parole de feu, une invective charnelle et  viscérale. Elle accuse, elle dissèque la bêtise de la violence. Sa  parole devient une arme poétique de destruction massive capable de  fissurer la certitude des bourreaux. “Je reste debout dans le vent noir  de vos haines“.
La langue de Jean-Pierre Siméon est à la fois brute  et hautement lyrique. Plus qu’une simple pièce de théâtre, Stabat  Mater Furiosa est un texte qui arrache de force l’espoir au silence  des tombes. Il célèbre la vie et l’espoir avec une fureur  incandescente.

PHÈDRE

Phèdre a une personnalité tellement puissante et forte que beaucoup de metteurs en scène confient le rôle à des femmes d’âge mûr, en oubliant que le fils de la petite sœur d’Ariane est si jeune qu’il n’est jamais nommé… La Phèdre de Racine n’a pas l’âge de Thésée mais celui d’Hippolyte, et, comme lui, elle est avant tout lumière (le sens du mot Phèdre en grec), pudeur et pureté. Ce n’est pas parce qu’il est plus jeune (ou parce
qu’il est son beau-fils) que le tragique intervient mais parce que Phèdre croit Hippolyte «insensible», c’est-à-dire complètement étranger à tout ce qui procède du corps et de
l’amour, puis parce que l’Amour est aveugle, et qu’il n’unit pas les deux que tout devrait rapprocher. Phèdre et Hippolyte brûlent en effet ensemble de contradictions qu’ils n’arrivent pas à maîtriser et se battent ensemble pour concilier ce mélange, propre à la grande jeunesse, d’énergie et de fragilité, d’absolu et d’intransigeance, de pureté et de complexité, de violence et de passion.
La pièce perd beaucoup si on oublie cela et on ne comprend pas pourquoi l’ultime mot de Phèdre est « pureté »… Ce mot-clef est le fil directeur de notre mise en scène, d’autant qu’aucun des personnages de la pièce n’est médiocre ou en demi-teinte.
Ils sont tous entiers et inaptes au compromis. Ce qui les amène à s’opposer plus ou moins radicalement, et au travers-même de ces variations et oppositions, de justement développer une réflexion originale sur la notion d’Absolu. Cela n’étonne pas quand on rappelle que Racine n’a jamais cessé de faire sa cour à Louis XIV, et à punir de mort ses personnages (Phèdre, Hippolyte ou Œnone) qui ne vivent pas l’Absolu à la manière de ce monarque, c’est à dire dans les limites de ce qu’on doit à sa gloire.

Pierre Deusy

HUGO L’ESPAGNOL

Un spectacle sur la relation de Victor Hugo avec l’Espagne, les femmes, la poésie, le voyage et l’exil. À partir des textes, lettres et déclarations choisis du célèbre écrivain.

Slamenko vous propose un voyage musical et poétique, dans le XIXème siècle, de Guernesey à Madrid, de Pepita à Juliette, du pays basque à l’Andalousie, du fandango aux sévillanes.

MACBETH

« Les peurs que l’on ressent ne sont rien auprès des terreurs que l’on imagine. » Ce que Shakespeare dit de façon radicale, c’est que ce qui n’est pas, ce qui est de la seule étoffe de nos rêves, des songes, des désirs – c’est cela seul qui est et fait la trame secrète de notre vie.

Cette citation opère un jour renversement fondamental : Macbeth cesse d’être une pièce sur un roi assassin pour devenir le portrait d’un homme dévoré par l’avant-coup de ses actes. Comme le souligne A. C. Bradley, Macbeth possède une « imagination de poète » : c’est elle qui transforme l’ambition en visions hallucinées, rendant le poignard flottant ou le spectre de Banquo plus réels que le trône lui-même….

Cette lecture fait le pari que la trame secrète de Macbeth (ses songes, ses peurs anticipées) est le seul vrai personnage de la tragédie. Le réel (la cour, les batailles) n’en est que le décor flou. En donnant corps à ce qui n’est pas, Shakespeare montre que l’imaginaire ne prépare pas à l’action : il est l’action, et il consume. La forêt de Birnam n’avance pas : elle surgit du regard terrifié de Macbeth, parce que c’est là, dans son œil, que se tisse la seule fatalité qui compte.

Jérôme Méla

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Le contexte historique : sorcellerie, politique et mécénat royal.

Cette plongée dans l’imaginaire prend un relief particulier à la lumière des sources et du contexte de la pièce. Shakespeare puise dans les Chroniques de Holinshed (1587), mais prend des libertés majeures. Il transforme Banquo – complice du meurtre dans la chronique – en figure intègre, hommage direct au roi Jacques Ier, descendant supposé de Banquo.
Ce choix est d’autant plus significatif que le roi était un fervent croyant en la sorcellerie. En 1597, il avait publié son Daemonologie, un traité où il affirme que la sorcellerie est une « trahison envers Dieu » et approuve la chasse aux sorcières. Sa conviction était ancrée dans un traumatisme personnel : en 1589, il attribua une violente tempête en mer à un complot de sorcières, déclenchant la chasse aux sorcières de North Berwick (1590-1592). Jacques Ier se croyait la cible d’un complot satanique et assista à la torture de sorcières présumées.
En incluant les sorcières dans Macbeth, Shakespeare rend donc un hommage direct au traité royal – tout en prenant un risque considérable : présenter un régicide écossais à un roi écossais fraîchement couronné, dans un contexte encore brûlant de la Conspiration des Poudres (1605). Pourtant, le pari fut un succès : dès 1603, Jacques avait fait de la troupe de Shakespeare les « King’s Men », et Macbeth consolida ce mécénat royal.

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« Avec sa mise en scène de Macbeth, de ce règne « plein de bruit et de fureur » d’un ancien roi d’Ecosse, Jérôme Méla nous « donne à voir » – au sens vrai du mot « théâtre » – une tragédie littéralement en train de naître sous nos yeux — et de naître de rien — d’un peu de brume impalpable, au ras du sol. Une tragédie complexe, humaine trop humaine et inhumaine à la fois par l’intensité des désirs qu’elle met en jeu, l’immoralisme qu’elle met au jour, l’étrange issue politique qu’elle suscite pour redonner sens à l’inintelligible chaos…. »
(lire la suite ici)

Gisèle Venet
Professeure émérite – Université Sobonne Nouvelle
– études shakespeariennes

 

UN FIL À LA PATTE

Dans le Fil à la patte, « le scalpel de Feydeau » est d’autant plus affûté que non seulement il croque notre société dans les rapports homme/femme mais qu’il s’attaque aussi à une société dont les membres n’hésitent pas à employer tous les subterfuges possibles pour sauver et maintenir leurs positions sociales et financières: le nœud de la guerre est l’argent !

Une société de pique assiettes, ruinés ou en passe de l’être se retrouve chez Lucette, chanteuse de son état, reine du moment adulée par la presse et le public parisien. Celle-ci prodigue avec générosité le couvert et l’argent, mais gare à celle ou celui qui essaie de sortir de son petit cercle où elle règne en despote…

… Fernand de Bois d’Enghien va faire les frais de ce parfait petit tyran ! En effet, amant de Lucette, il n’arrive pas à rompre avec elle et pourtant le soir même il signe son contrat de mariage avec la très fortunée Viviane, fille de la Baronne Duverger. Ce qui devait arriver arriva, Lucette qui est engagée par la Baronne pour couronner la petite fête donnée à l’occasion de la signature du contrat de mariage, tombe nez à nez avec Fernand. Le scandale éclate alors ! Ni l’imagination de Fernand pour sauver son mariage coûte que coûte ni la vengeance de Lucette n’auront de frein.

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Revue de presse
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CYRANO.

Cyrano… s’il prenait vie aujourd’hui, qui serait-il ? Peut-être un rappeur, celui qui a l’amour du mot et la rage d’une conscience… Et les Cadets de Gascogne auraient le panache de nos rues !
Il ne s’agit pas ici de réécrire le texte de Rostand. Il s’agit de redécouvrir l’actualité de ses mots. Portée au plateau par une troupe nombreuse, jeune et explosive, l’œuvre déploie tout son tranchant. Elle nous rappelle combien l’envie de vivre d’une façon libre, amoureuse et poétique continue de nous animer…

Ce spectacle se veut un pont : entre l’ancien et le nouveau, entre le groupe et l’unique, entre les arts puissants du théâtre, de la danse et du rap, entre le rire et le lyrisme… pour toucher ce que Cyrano appelle lui-même : le Panache !

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Note d’intention

« J’ai grandi dans le 91, à Sainte- Geneviève, entre Fleury et Saint-Michel, dans une ville de banlieue qui mêle de grandes tours et des pavillons. J’ai eu la chance d’atterrir du bon côté de la rue.
Mon histoire est banale, mais la simplicité de cette chance m’a toujours questionné.
Certains de mes amis d’enfance ont suivi d’autres parcours, parfois plus chaotiques, mais ils m’ont souvent impressionné par leur détermination, leur créativité, leur panache. Leur manière de manier la langue, de vivre avec intensité, m’a marqué durablement.
Ce sont eux que j’ai retrouvés dans Cyrano. Dans son panache, dans ses excès, dans sa lucidité.
Et ce sont leurs mots, leurs colères, leur humour que j’ai entendus dans les vers de
Rostand. Il m’a alors semblé évident de proposer une rencontre entre cette œuvre classique et une jeunesse urbaine souvent éloignée de ce répertoire, mais pourtant porteuse de ce souffle. »

Gaspard Baumhauer

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LE DIBBOUK – Entre deux mondes

« … Un grand malheur est arrivé, l’âme de Khanan, qui est mort,
a pris possession du corps de Léa ! … C’est un dibbouk !!! »

Le Dibbouk, monument théâtral de la culture juive, fut créée en 1920 durant une période de grands bouleversements mondiaux prélude aux catastrophes qui ont suivi. Nous vivons de nos jours un basculement de l’Histoire, une époque de fureur où nos repères se fissurent. Comme le souligne le sous-titre de la pièce, nous voici “entre deux mondes”.
Le Dibbouk raconte une histoire d’amour et de possession hantée par le souvenir de fiancés massacrés lors d’un pogrom dans un shtetl le jour de leur mariage.
Comme une répétition de l’Histoire, de nouveau nous sommes rappelés au souvenir des heures tragiques de l’humanité.
La Compagnie Lézart, forte de son expérience littéraire et musicale dans le domaine de la culture juive, replace ce chef-d’œuvre troublant dans notre culture vivante.