Archives pour la catégorie se joue en Decembre 2026

L’ÉQUARRISSAGE POUR TOUS

Arromanches, 6 juin 1944 : tandis que les Alliés prennent pied sur le sol européen, un père de famille équarrisseur se préoccupe de marier sa fille au soldat allemand avec qui elle couche depuis quatre ans…

Ce résumé vous donnera une bien faible idée du bouillonnement burlesque de ce « vaudeville anarchiste ». Une farce sur un sujet grave qui fit scandale à sa création en 1950. Un pari fou dans une société en reconstruction, meurtrie et traumatisée par la violence de la guerre. En 2026, il est important pour de rendre justice à cette pièce et de questionner la place de la guerre dans nos sociétés et ses conséquences. La Seconde Guerre mondiale, sujet central de la pièce, résonne particulièrement bien avec nos préoccupations géopolitiques actuelles : le Brexit qui marque la fin d’une Europe unie, la guerre en Ukraine, la fin de la Pax Americana, la montée du fascisme partout dans le monde, etc. Ressusciter cette période historique et son conflit avec notre regard de contemporain permet une relecture distante et pragmatique à mettre en parallèle avec notre propre avenir. Dans un climat de guerres généralisées, nombreux sont ceux qui ont peur d’une troisième guerre mondiale.

LA VIE MATÉRIELLE

Catherine Artigala est Marguerite Duras. Elle est écriture. Elle est cette force de vie qui nous bouleverse par sa drôlerie, son culot, son insouciance, parfois, sa radicalité, souvent. Nous brouillerons les pistes. La lumière ciselée et les sons et musiques seront nos alliés d’invention. Présence aux mots, diction implacable, les silences comme le bruissement de l’intime, notre projet s’articule autour du dire, brutalité des mots qui, dans la bouche de Duras, se transforme en émotion. Duras dénoue le lien qu’elle entretient au monde, aux rapports homme/femme, à la sexualité, à son enfance. Il est question de ses obsessions, de ses peurs, de ses convictions. On découvre une Duras se débattant dans un quotidien qu’elle peine à maîtriser, se lovant dans la sensualité, chemin magnifique vers le plaisir, mêlant l’interdit et la grâce comme un pied de nez magistral fait à la bien-pensance bourgeoise et confortable.

William Mesguich

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LA DAME DE LA MER

La Dame de la mer est l’une des œuvres les plus mystérieuses d’Henrik Ibsen.

L’action se déroule en été, au bord d’un fjord, dans une maison entourée d’une nature omniprésente, où vivent le docteur Wangel, ses deux filles, Bolette et Hilde, et sa nouvelle épouse, Ellida. L’atmosphère est imprégnée de silences et de non-dits ; un équilibre fragile semble y régner.

Chaque jour, Ellida rejoint la mer dans un rituel immuable. Jusqu’au retour de l’Étranger, un marin auquel elle s’était fiancée dix ans plus tôt, à la pointe de Brattamer. Cet amour ressurgi du passé réveille en elle, avec une force irrépressible, attirance et épouvante.

D’une saisissante modernité, mêlant réel et surnaturel, La Dame de la mer interroge la puissance du désir, l’émancipation féminine et la liberté, source d’une renaissance intérieure. Ibsen compose une partition où la mer devient une force primitive qui attire, révèle et transforme.

Entre l’appel magnétique du large et l’ancrage familial, Ellida doit choisir.

Une création théâtrale, visuelle, musicale et chorégraphique portée par sept comédien·ne·s.

NOTRE-DAME DE PARIS — ‘ANÁΓKH

Cette adaptation de Notre-Dame de Paris se déroule dans un monde sans époque précise, mais que tout le monde reconnaît.
La cathédrale n’est plus un monument figé, elle devient un corps de métal, un bastion vertical, un théâtre de pierre où s’écrase tout ce que l’humanité a d’irrécupérable : la misère, la solitude, le désir, le pouvoir.
Il n’y a pas de reconstitution historique ici.
Pas de folklore, pas de dentelles, pas de “Gitane romantique”. Seulement des hommes et des femmes jetés dans une société qui les dévore.

Esmeralda n’est pas une muse. Elle est une survivante.
Quasimodo n’est pas une âme pure. Il est un silence.
Frollo n’est pas un monstre. Il est un homme brisé.
Phoebus n’est pas un héros. Il est un vide.
Clopin n’est pas un roi. Il est un misérable.
Chaque personnage lutte pour exister dans un monde où la beauté, la morale, la justice ne sont plus que des masques.

La pièce se resserre sur six figures principales (Esmeralda, Frollo, Phoebus, Quasimodo, Clopin, Gringoire), épurées à l’os, et traverse leur chute inexorable.
L’amour devient une punition.
La religion, une pulsion refoulée.
La justice, un théâtre d’exécution.

Le texte puise dans le souffle d’Hugo, sa rage, ses visions, ses violences, mais est entièrement réécrit.
C’est une langue lyrique et brutale, traversée par des métaphores et des silences étouffants.
Le style s’inspire du théâtre européen contemporain : ruptures de ton, irruptions de réalisme, adresses au public, silences incarnés, cadrages sonores ou lumineux violents, dans la lignée d’un théâtre à la Ostermeier.

Au cœur du spectacle, le désir est politique.
Aimer, ici, c’est mettre son corps en jeu dans une société qui nie les pauvres, méprise les femmes, ridiculise les déviants. Ce n’est pas une Esmeralda érotisée que l’on verra, mais une jeune mendiante, coupable d’avoir dansé, livrée aux caprices d’un prêtre en crise, d’un soldat glacial, et d’un peuple aveugle. La cathédrale devient alors le lieu d’un sacrifice païen, où la beauté est pendue, et le silence sonne la fin.

Pour un public sensible au théâtre contemporain, pour ceux qui aiment les classiques reconfigurés avec radicalité, pour les amoureux du texte, et ceux qui n’ont jamais vu Quasimodo autrement que dans un dessin animé.