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LES AMOURS DE DON PERLIMPLIN AVEC BELISE EN SON JARDIN

Luis Buñuel sur Lorca (dans Mon dernier soupir. Ed. Robert Laffont 1982) :
Qu’il se mît  au piano, qu’il improvisât une pantomime, une courte scène de théâtre,
il était irrésistible. La beauté jaillissait toujours entre ses lèvres.
Il avait la passion, la foi, la jeunesse. Il était comme une flamme.
Le chef-d’œuvre, c’était lui.

Perlimplin : parmi toutes ses pièces, Lorca l’avait confié à un journaliste, c’était celle qu’il préférait.
Sans doute la plus gracieuse, la plus équilibrée entre fantaisie et tension dramatique, entre légèreté et gravité, entre bouffonnerie et tragédie. Sensible et grotesque à la fois. Avec un parfum surréaliste dans le décor et les costumes. Une fraîcheur de ton sur un canevas pourtant conventionnel : un vieux épouse une jeune. Perlimplin, célibataire endurci, materné par sa servante Marcolfe, reçoit de sa mère mourante l’injonction de se marier. Il obtempère, abandonnant à regret ses livres et il tombe alors vraiment amoureux ! « C’est maintenant que je vis ! Mais maintenant que je vis, c’est là que je sais ce que c’est que mourir. » Joyeuse et funeste déclaration que j’ai pris la liberté d’emprunter à Augusto, autre célibataire transi d’amour du roman de Miguel de Unamuno, Brouillard (Niebla),  ouvrage que Lorca ne peut pas ne pas avoir lu avant d’écrire son Perlimplin.

Et d’où sort-il, ce Perlimplin ? D’une estampe populaire, sorte de bande dessinée d’une page que des colporteurs, des aveugles distribuaient au coin des rues ou lors d’une corrida les jours de fête. Ces images d’Epinal racontaient de façon très primaire la vie d’un personnage. Lorca s’en empare… et en fait toute autre chose. Il conduit doucement, avec compassion et ironie, son héros et le spectateur vers la tragédie. On s’éloigne alors du personnage conventionnel à gros nez et à perruque 18ème. Perlimplin, l’homme-enfant, est « transcendé par l’amour » (comme disent, moqueurs, les deux lutins de la pièce). Homme enfin dans sa tête -en découvrant la femme- sinon dans son corps. Sorte de Cyrano qui favorise l’amour de son épouse Bélise pour un autre, lequel pourrait bien n’être que lui-même.

Certes, on le sait, Federico Garcia Lorca est mort tragiquement, mais il a intensément vécu ses 38 années. Alors, encouragés par les confidences de son ami Buñuel, affirmons, écartant tout pathos, que la fantaisie de sa pièce renvoie à sa propre fantaisie, sa joie d’homme et d’artiste, son goût du bonheur d’imaginer et de vivre (même si là encore, comme dans le reste de son œuvre, la mort pointe. Elle se manifeste d’ailleurs de façon comique au début de la pièce). Donnons-nous la liberté que nous offre Lorca (c’est la raison pour laquelle nous avons intégré dans notre nouvelle traduction/adaptation des scènes des premières versions de la pièce imaginées par l’auteur et totalement bouffonnes). Tenez, imaginons par exemple Perlimplin déguisé en chef sioux, imaginons qu’il aime les indiens et leur folklore comme don Quichotte aime les romans de chevalerie (la forte source d’inspiration qu’a été pour nous, metteur en scène, costumière et scénographe, l’exposition Indiens des Plaines au musée du quai Branly d’avril à juillet 2014). Pourquoi pas ? Et ne feignons pas d’ignorer que l’esprit de fantaisie dans lequel, comme Lorca, nous voulons nous abandonner, risque de renforcer par contraste un final tragique. A moins que, par une dernière pirouette, nous ne fassions un pied de nez à la mort ?… Nous verrons.

Hervé Petit

LES RENCONTRES DU CLAVECIN

Chaque soir, un récital baroque autour des œuvres de Léone, Couperin, Corrette, Rameau ou encore Bach, vous sera proposé afin de découvrir l’univers du clavecin.

Programme

Jeudi 11 septembre
20h30 – Françoise Lengellé :
Récital « Pièces de Clavecin en Concert » de Jean Philippe Rameau
version clavecin seul

Vendredi 12 septembre
20h30 – Ensemble Spirituoso :
Musique de Michel Corrette et Gabriele Leone

Samedi 13 septembre
20h30 – Laurent Stewart :
« Clair-Obscur »
Musique pour clavecin du 17ème siècle
Girolamo Frescobaldi, Johann Jakob Froberger et Louis Couperin

Dimanche 14 septembre
16h – Ensemble Galata :
« Airs de famille »
Sonates en trio de Johann Sebastian Bach,
Carl Philippe Emmanuel Bach et Whilhem Friedman Bach

OLIVER TWIST

Oliver Twist est l’un des plus grands romans de Charles Dickens. C’est aussi une saga : l’histoire du destin d’un « orphelin universel », archétype de l’innocence perdue dans le Londres malfamé et crasseux de la fin du XIXème siècle.

On y croise des personnages drôles et sympathiques, plein de cette bonté victorienne, mais aussi des personnages sans scrupules, affreux, sales et méchants, qui baliseront le chemin de ce petit garçon chahuteur et violenté. Dans les yeux d’Oliver Twist, et sous la plume de Dickens, se reflètent les plus bas instincts des bas-fonds londoniens, et toute l’humanité perdue au profit de l’exploitation de l’homme par l’homme.

Marionnettes, musique et chansons se mêleront à cette aventure, car dans Oliver Twist, il y a avant tout et malgré tout le triomphe de la vie, et de l’amitié.

 

Spectacle à partir de 8 ans

LA TSIGANE DE LORD STANLEY

« Nous sommes en 2014 après Jésus-Christ, toute la Gaule est occupée par les envahisseurs, des migrants pauvres sans toit ni loi… Toute ? Non ! Un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste aux hordes vandales !»

« La Tsigane de Lord Stanley » est une épopée jubilatoire et contre-offensive artistique et citoyenne pour tenter de fédérer les forces, richesses et poésie de notre société multiculturelle. Ce spectacle est joué par une troupe de 24 gadjitos âgés de 7 à 14 ans, du quartier cosmopolite de La Plaine Saint-Denis, ils portent avec éclat la symbolique de la pièce et partagent la scène avec des adultes, comédiens et danseurs volcaniques.

Spectacle tout public à partir de 5 ans.

MATOUBA

Napoléon a besoin de remplir ses caisses vidées par les guerres qu’il mène en Europe. Alors il rétablit l’esclavage dans ses colonies.
Les anciens esclaves, devenus citoyens grâce à la Révolution de 1789, résistent contre les forces de l’Empereur. Le Commandant Delgrès et ses compagnons préféreront faire sauter le fort de Matouba où ils se sont retranchés, plutôt que de se rendre aux esclavagistes.

TALKING HEADS II: Femme avec pédicure & Nuits dans les jardins d’Espagne

Composés par Alan Bennett pour la BBC les Talking Heads sont 9 portraits de femmes de la middle-class anglaise. Nous en avons choisi deux : Femme avec pédicure et Nuits dans les jardins d’Espagne.

Miss Fozzard & Mrs Horrocks ; petits soldats du quotidien – pas un faux pas, pas un faux pli – tiennent haut et ferme le pavillon britannique. Classiques en somme ! Mais est-ce ça la vie ? Un éternel lundi ? Alors pour rompre l’ennui l’une comme l’autre cultivent leur brin de fantaisie : l’amour des chaussures et les visites conséquentes chez le pédicure pour Miss Fozzard, passion du jardinage pour Mrs Horrocks. L’inattendu va s’engouffrer dans ce brin de fantaisie pour les entraîner loin de la norme implicite qui régit leur milieu, avec un drôle de petit air dans la tête : « Et si une autre vie était possible ? »

Et voilà comment l’une va découvrir les joies d’une certaine forme d’aérobic avec son nouveau pédicure et l’autre se lier d’une véritable et profonde amitié avec une voisine qui vient d’assassiner son mari.

Aux armes mitoyennes semble nous susurrer Alan Bennett, développer votre originalité même la plus infime, il se pourrait bien qu’un vent nouveau s’engouffre et vous entraîne vers des sensations nouvelles et pleines.

Alan Bennett ou l’art du cadrage-débordement.

INTÉGRALE DE LA TRILOGIE : Charles Gonzalès devient Camille Claudel, Sarah Kane et Thérèse d’Avila

Charles Gonzalès devient Camille Claudel, Thérèse d’Avila, Sarah Kane.
Trois femmes. Trois artistes. Trois destins.
Une trilogie sans entr’acte pour retracer l’itinéraire de ces trois femmes, trois artistes, trois âmes dans un corps d’acteur.

Ainsi Charles Gonzalès devient…
Camille Claudel internée à l’asile d’aliénés de Mondevergues que l’acteur réveille d’entre les morts. Trente années plongée dans l’enfermement. Une femme dans une lente descente aux enfers pour devenir une ombre suppliant les sourds…
Un théâtre de l’émotion.

Thérèse d’Avila, mystique et poétesse, féminine et virile, malade et forte, contemplative et femme d’affaire, passant l’épreuve de l’invisible rendu visible pour devenir libre, dans une vie dépourvue d’artifices, vraie et remplie d’absolu…
Un théâtre de la spiritualité.

Sarah Kane, une courte existence consacrée au théâtre en forme de poème dramatique. L’itinéraire d’une jeune femme qui finit par défaire les lacets de son existence et les pendre au milieu des morts. Un désespoir abyssal jusqu’à devenir une prière sauvage…
Un théâtre de la cruauté.

MESURE DE NOS JOURS

Un spectre. Un spectre d’elle-même, flottant, la tête vide, terriblement seule parmi les autres, c’est ain­si que se décrit Charlotte Delbo à son retour d’Auschwitz.

Ses compagnes de voyages, les 48 qui sont revenues avec elle, sur les 230 qui avaient été internées ensemble, se sont dissoutes dans la foule qui les attendait à l’aéroport. Et là, elle fait l’expérience du vide où les mortes et les vivantes se confondent, où elle-même perd pied dans cette nouvelle réalité, où tout semble à côté de la vérité ; à côté des jours passés, ces jours dont la monstruosité ne peut ni s’archiver ni se dire trop vite.

Elle essaie de répondre à toutes ces questions que l’on se pose sur ceux qui sont revenus.
Comment ont-ils fait pour survivre ? Comment font-ils pour vivre à nouveau? Que font-ils de leurs souvenirs ?

Avec son écriture singulière, elle dit la vie après, quand toute capacité d’illusion et de rêve semble définitivement perdue. Elle dit cette difficulté à s’inscrire à nouveau dans la réalité, à pouvoir à nouveau tisser des liens profonds avec ceux qui n’ont pas fait le même voyage.

Dans un espace composé de quelques chaises et d’un banc, six comédiennes forment ensemble un groupe complice, un seul corps, un chœur de femmes. Elles donnent à entendre ces paroles dans une adresse directe au public, et à Charlotte, à sa présence sans cesse évoquée.
Entre la retenue, les silences, une légère dérision, et l’humour, chacune dit en creux ce qui fait d’elles à jamais d’inséparables « revenantes ».

JEANNE D’ARC AU BÛCHER

Nos voix intérieures sont nos questionnements, notre singularité, notre égoïsme, notre don.
Elles sont les sources de nos aspirations. Elles sont humaines, elles sont autres.
Nous en avons peur, elles sont là, protectrices, destructrices.
Elles sont notre folie, notre haine, notre amour.
Elles sont possibles. Elles n’existent pas. Elles sont doute.
Eau, feu, éléments, matières minérales visant à solidifier notre inquiétude face au divin.

Sommes-nous cela ? Sommes-nous Camille face à Paul ? Sommes-nous désireux de l’Art répondant au mystère ? Sommes-nous Paul voulant de la conversion ? Sommes-nous Jeanne … ?

Je suis dans ces mêmes interrogations, modestement s’entend. J’ai mal d’entendre ces voix. Je veux les entendre, je veux qu’elles viennent de l’articulation que peut avoir la voix de la comédienne face à l’écho donné par l’instrument en réponse à ce dernier.

Emmanuel RAY

 

CALIGULA

« Une œuvre intense. Prendre à bras le corps cette œuvre. La mettre en évidence. La langue de Camus, la parole, le cri. Une pensée d’aujourd’hui toujours d’actualité. Avancer dans le travail, en saisir tout le sens …

J’ai monté Electre, Jeanne, Don Quichotte… et demain Caligula. Je veux rencontrer ces personnages en quête de l’impossible … A la poursuite infinie de leurs rêves, au dépassement sans limite d’eux-mêmes…

Chez les enfants, la perception de la vie est infinie.
Les rêves sont possibles …

La société, les normes, la peur du regard des autres, le calcul politique, les arrangements, le mensonge déguisé violentent les rêves de l’enfant. L’enfant est alors cassé, déchu, floué. La violence de Caligula nait de cette compréhension qu’il a du monde. La responsabilité est collective de rendre le génie horrible. Les enfants déchus peuvent devenir des monstres en puissance.

Il ne s’agit pas de prendre Caligula comme un simple tyran sanguinaire et d’y voir des corrélations avec tous ces dictateurs que nous avons en mémoire. Avec le personnage de Caligula, Camus se prête volontairement au jeu de se mettre à la place du tyran. Il dévoile ainsi l’aberration de sa situation et de celle de tout un chacun.

Tout système, tout collectif, engendre en soi, cette notion. Ce sont les systèmes qui créent le tyran. Tout système a besoin de son tyran.Le tyran existe-t-il aussi en démocratie ?… »

Emmanuel Ray