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KATTE, LA TRAGÉDIE DE L’AMANT DU PRINCE DE PRUSSE

En 1730, dans le tout nouveau Royaume de Prusse et sa nouvelle capitale Berlin, le Roi Guillaume impose sa démesure martiale à tout l’état et fait régner la terreur dans sa propre famille.  Ce qui fit dire plus tard à Mirabeau : « La Prusse n’est pas un État qui possède une armée, c’est une armée ayant conquis une nation ».

Les choses ne pouvaient que mal aller entre un père qui ne s’intéressait qu’à la guerre et à la chasse, et un fils qui ne voulait que jouer de la flûte et lire des poètes français. Confronté à la brutalité croissante du Roi, le jeune prince Frédéric, (« On n’est pas sérieux quand on a 17 ans »), trouve comme allié, en plus de sa sœur aînée Mine, sa confidente de toujours, un fringant officier de la garde royale, Hans-Hermann von Katte, dont il tombe amoureux.

Un jour où Frédéric a été battu et humilié publiquement par son père, il décide de s’enfuir vers la France, avec la complicité de Katte. Or le Roi fait rattraper les fugitifs, et, malgré les supplications de la Reine, de la princesse Mine, et de toutes les cours d’Europe, il fait décapiter Katte sous les yeux horrifiés de Frédéric.

Tel est l’argument de l’histoire dont Besset s’est inspiré pour renouer avec la grande tradition française d’une tragédie en alexandrins.

7 MINUTES (COMITÉ D’USINE)

« Nous voulons être libres, mais nous avons peur de la liberté.
Choisir, décider, est une obligation autant qu’une liberté. »
Stefano Massini

Dix femmes du comité d’usine de Picard & Roche attendent la onzième, leur porte-parole, qui depuis quatre heures négocie leur avenir avec les nouveaux patrons. À son retour, elles doivent voter au nom des deux cents ouvrières et employées qu’elles représentent. La proposition des costards-cravates est simple : si les ouvrières et employées de Picard & Roche acceptent de rogner sept petites minutes sur leur temps de pause du midi, l’usine ne fermera pas, et tous les emplois seront sauvegardés.

S’engage alors un thriller social qui ouvre une double réflexion sur la valeur marchande du travail et la prise de conscience des mécanismes de domination patronale. La proposition des nouveaux repreneurs, si elle semble honorable, impose à ces femmes un choix crucial. Pour sauver l’usine, leurs collègues, et elles-mêmes. À l’euphorie de la bonne nouvelle (l’usine ne ferme pas) succède un échange où chacune prend parti selon sa personnalité, son ancienneté, ses nécessités familiales ou personnelles, et son souci du collectif.

Qu’est-ce que nous sommes tous prêts à accepter pour garder notre boulot ?

C’est Blanche, la porte-parole du comité d’usine, qui pose la question. C’est aux autres, par leur vote, de répondre. Et au public de se faire sa propre idée. Une seule demande, presque anodine, un « pas » vers la direction, en renonçant à moins de la moitié de leur pause, donc à seulement sept minutes. Et seulement une heure pour choisir pour les deux cents employées de l’usine. Un ultimatum.

La pièce haletante de Stefano Massini nous immerge en temps réel dans les étapes tendues d’un cheminement capital. Une partition chorale sur le parcours de chacune vers une pensée commune, qui ouvre une réflexion sur la difficulté d’une démarche en collectif, sur ce que représente le fait de choisir, de se mettre d’accord, de se convaincre, de croire en la parole d’une autre.
Ces femmes sont d’âges et de parcours divers, à des moments différents de leur vie ; chacune appréhende la situation à sa façon. C’est une pièce sur les limites, sur nos marges de renoncement. La pièce propose un théâtre politique, mais pas militant. Parce qu’un comité d’usine n’est pas un syndicat. L’enjeu central n’est pas ici la lutte elle-même, mais le trajet pour aller ou non vers elle.

Ce cheminement de pensée, qui traverse chacune des onze ouvrières et employées de Picard & Roche, en une heure, concentre dans la tension qu’il amène tout ce à quoi il faut renoncer pour avancer ensemble : d’abord, renoncer aux évidences, et consentir à un effort pour que l’usine ne ferme pas. Jusqu’où accepter de se compromettre ?
La structure dramaturgique de ce huis clos nous fait suivre une pensée en mouvement dans un temps donné. Blanche, qui a représenté ce petit groupe durant la longue négociation avec les nouveaux patrons de l’usine, incite ses collègues à prendre le temps de réfléchir à ce que représente cette pause, a priori dérisoire face aux emplois sauvegardés.

Est-ce « un luxe ou un droit ? » demande-t-elle. Ces sept minutes cristallisent un rapport plus global au temps en nous conduisant à considérer ce qui est ou non essentiel. Et affirme aussi que cette même notion du temps joue toujours en faveur des patrons, qui ont les moyens d’attendre, et de faire monter la pression. C’est aussi une guerre d’usure, qui compte sur le découragement des ouvrières, sur le flétrissement de leur engagement.

Olivier Mellor

MADEMOISELLE H

Des espions britanniques infiltrés, assez proches du Führer pour pouvoir accéder à sa nourriture, avaient comme plan de saupoudrer son repas quotidien d’hormones féminines étant censées adoucir ses mœurs agressives.
Ce fait historique est le départ de l’écriture de Mademoiselle H.
Mademoiselle H est un showman qui brille par le succès de ses bides.
Un jour, un inconnu l’approche et lui propose un texte. Il s’agit d’un discours, celui du Führer.
Être son sosie et peut-être la gloire à ses portes, c’est également le deal de cet inconnu.
Mademoiselle H tente alors la confrontation avec le public.

OPÉRA – STUDIO

L’association Lyricando propose deux œuvres « phare » de l’opéra italien du XIX° siècle.

Toutes deux dressent un portrait de femme que la maladie emporte et dont la condition sociale détruit toute possibilité d’accéder au bonheur et à l’amour.

Des générations d’auditeurs se sont reconnues et se reconnaissent encore dans ces deux figures qui disent les espoirs et les vicissitudes de la vie avec ce que l’art lyrique sait transmettre de plus sublime et de plus bouleversant.

Nous nous proposons de mettre en regard les deux titres afin de confronter deux visions différentes d’une même thématique. La Traviata prise comme illustration parfaite de l’opéra romantique italien et La Bohème comme témoin d’une mutation dans notre vision de l’aventure humaine qui nous projette dans la modernité.

Chaque œuvre sera présentée accompagnée au piano dans une version réduite d’une heure vingt environ.

La Traviata, Giuseppe Verdi, 1853, d’après La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils

La vie tumultueuse et tragique d’une courtisane dans le Paris du milieu du XIX° siècle. Violetta sacrifie son amour et sa vie pour sauver l’honneur d’Alfredo, le seul homme qu’elle a aimé passionnément.

La Bohème, Giacomo Puccini, 1896, d’après les Scènes de la vie de Bohème de Henry Murger

Un groupe de jeunes artistes dans le Paris du milieu du XIX° siècle. Mimi rencontre Rodolphe et c’est du difficile art d’aimer que va traiter l’opéra. Un art désormais soumis à une série de questionnements qui condamnent le tragique romantique au fait divers.

MOLIÈRE – CHARPENTIER

Artificiers, musiciens, machinistes, maîtres de ballets, poètes et dramaturges, firent converger leur effort commun dans la préparation des fêtes royales !
Certes tous étaient au service de ce passionné de gloire qu’était Louis XIV mais ils ont sut s’emparer du moindre interstice de liberté pour exprimer la magnificence de leur art !
C’est à leur hommage qu’est dédié ce spectacle musical. Au roi le pouvoir, à ses « amuseurs », la gloire !

Ce spectacle musical met en valeur la collaboration de Molière et Marc-Antoine Charpentier lors des fêtes royales données en l’honneur du roi. Un programme joyeux et festif qui fait appel à 7 musiciens : chanteurs(ses), mezzo soprano – soprano – baryton – flûte à bec – violon – violon alto – clavecin et comédie.
Une création mêlant musique baroque et théâtre, inspirée par les comédies-ballets telles qu’inventées par Molière, Lully et Beauchamps au château de Vaux-le-Vicomte et que Marc-Antoine Charpentier  va prolonger.

ERRANCE

POURQUOI ERRANCE ?
Nous sommes d’une génération dont la foi en l’avenir nous a été confisquée par une prise de conscience du danger que représente le modèle de notre société occidentale. Nous vivons un monde errant entre une volonté farouche de ne rien changer et une nécessité de changement radicaux. Nous sommes une génération confrontée à trouver des repères dans une société où l’illusion virtuelle se confond avec une réalité qui a peur du lendemain. Nous sommes une génération mariée de force à l’errance. Thème à la fois terrifiant et fondamental, l’errance s’inscrit au cœur d’une actualité dans laquelle la sensation de perte de repère n’a jamais été aussi prégnante. Qui suis-je ? Qu’est-ce que je fais là ? Quel est ma place dans ce monde en mouvement ? Quel est mon regard ? Errance est une tragi-comédie multidisciplinaire, impliquant de la danse, de la musique, du chant, et de la vidéoprotection.

Nous avons travaillé selon deux axes :
• L’axe de réalité : la vie d’un groupe, avec chacun ses errances, ses craintes, et ses espoirs, vivant dans une société traumatisée par une catastrophe environnementale ayant eu lieue 3 ans plus tôt.
• L’axe des tableaux d’Errance : plongée dans un monde onirique, sans temporalité, universel et intime venant du fait que la plupart des textes ont été écrits par les artistes eux mêmes.
Ainsi, la ligne dramaturgique a été construite selon un procédé d’entrelacement d’un monde onirique propre au théâtre, et d’une réalité plus crue, venant casser la beauté des tableaux et permettant aux spectateurs de voir l’envers du décor, tout en étant confrontés à la fois à des questions d’actualités environnementales, sociétales et politiques. Avec cette légère mise en distanciation dû au fait que l’action se passe en 2030.

LA LETTRE À FRANCO

La Lettre à Franco, c’est le cri d’un fils à celui qui a fait disparaître son père. Un seul en scène adapté du texte de Fernando Arrabal, poète, dramaturge et enfant blessé par l’histoire. Ce n’est pas une lettre classique, mais un vertige d’émotions et Arrabal y convoque l’Histoire à sa manière avec baroque et une liberté immense.

Face au fantôme de Franco, il ne répond pas par la haine mais par l’art. Il fait rire, il choque, il déroute. Il mêle le grotesque au sacré, l’intime au politique, dans une langue fulgurante. À travers cette parole, il nous rappelle combien les discours autoritaires et nationalistes peuvent revenir sous d’autres masques. Ce spectacle est un acte de mémoire autant qu’un acte de vie. Un théâtre de l’urgence, de la lucidité, de l’insoumission. Pour ne pas oublier. Pour continuer à résister. Pour redonner au cri du poète toute sa nécessité.

En 1971, Fernando Arrabal adresse une lettre ouverte au dictateur Francisco Franco. Ce seul en scène donne corps à cette adresse historique, où la parole devient acte de résistance, d’insolence et de mémoire.

Accusé de blasphème, censuré, persécuté, Arrabal fut condamné à mort avant que l’intervention de personnalités internationales ne le sauve in extremis.

Cette lettre reste un geste artistique et politique d’une rare intensité, où l’humour noir se dispute à la douleur d’un peuple muselé.

Arrabal le poète écrit au dictateur Franco, Il lui parle comme on parle à un fantôme qu’on ne veut pas laisser tranquille. Il le provoque, l’insulte, le questionne. Et entre deux gifles, il le tutoie presque tendrement. Il y a là quelque chose d’étrange, d’humain, de bouleversant.

Ce texte est surtout la voix d’un homme qui essaie de comprendre, de ne pas oublier, de ne pas devenir fou avec l’oubli.

Nous voulons aujourd’hui faire entendre ce texte, pour ce qu’il dit du pouvoir, de la mémoire, de la peur, de la honte. Parce que partout dans le monde, on voit revenir des formes de contrôle, de violence d’État, de négation des histoires individuelles. Et que ce texte, dans son excès même, nous rappelle à notre vigilance, à notre part d’enfance, à notre besoin de désobéir.

Nous voulons transmettre cette lettre comme un acte vivant. Une parole qui tremble, qui attaque, qui éclate de rire au mauvais moment. Un monologue qui dit : « Je n’ai pas les réponses, mais j’ai la mémoire, et je suis vivant. »

L’ALPHABET DES PROVIDENCES

Glénand Axolotl, écrivain hanté par ses échecs, rédige sans le comprendre un texte sur le fameux incendie de la bibliothèque d’Alexandrie. Il ignore qu’en différents points du globe d’autres auteurs écrivent simultanément, et sans consultation mutuelle, le même récit. Lorsque son œuvre est révélée, elle devient le centre d’un tumulte mondial, soulevant des questions vertigineuses : plagiat collectif, phénomène paranormal, message divin ou mystère encore plus insondable ?

Avec L’Alphabet des Providences, sa 5ème création, le Théâtre de la Suspension déploie un récit où la puissance du narratif architecture notre identité collective à travers le temps.

VIOLET

Tout se passe dans un sous-sol froid, lugubre, inhospitalier. Des tapis élimés jetés au sol. Des parois de béton brut, imbibées d’humidité. De vieilles lampes de chantiers dont les lumières, vacillantes, tracent des formes étranges aux murs. Cinq adolescent.es entrent. Ils sont gauches, ils ont le visage peint en blanc et le crâne piqué de cheveux noirs, artificiels. Ils ont l’air de pantins ou de poupées, tout droit sorties d’un mauvais rêve. Ils forment un groupe de rock. Ce soir, ils sont venus pour répéter.
À travers un texte bref et incisif, Violet brosse le portrait sans concession de l’adolescence contemporaine, avec tout ce que cela implique de tendresse, mais aussi de violence et de cruauté. La parole est rare mais toujours précise, comme si chaque mot, chaque silence même entre les mots, avait été étudié, soupesé, sélectionné pour viser juste – c’est-à-dire, le plus souvent, pile à l’endroit de la douleur.

IF MUSIC BE THE FOOD OF LOVE

If Music Be the Food of Love est un spectacle faisant dialoguer les Sonnets de Shakespeare et ses chansons, mises en musique par de grands compositeurs. Un périple littéraire et opératique, sous la forme d’une fiction contemporaine. 
 
Dans un espace énigmatique, un poète est entouré d’une accordéoniste et d’un électroacousticien qui « nourrissent » son inspiration amoureuse. Délaissé par son amant, le Poète exprime ses sentiments multiples, comme un testament, un chant du cygne poignant…
 
À travers l’œuvre la plus intime de Shakespeare, If Music Be the Food of Love nous plonge dans une fresque métaphorique qui explore nos tourments et nos passions, tout en interrogeant notre monde, à la fois cruel et sublime.

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Les Sonnets, oeuvre emblématique de Shakespeare, sont le fil conducteur de ce spectacle musical imaginé par Alexandre Martin-Varroy. Dits en français, ils sont accompagnés par une partition électroacoustique créée sur mesure, jouée en direct, qui enveloppe le public d’un écrin sonore introspectif et délicat.
 
Les thèmes abordés dans les Sonnets embrassent la grandeur de l’amour, la passion, la jalousie, le doute, l’interdit, le pouvoir poétique de la langue, la fuite de la jeunesse, la marche inexorable vers le déclin et la mort, richesse et pauvreté, pouvoir et servitude, guerre et tyrannie, injustice… Nous sommes au cœur de l’expression la plus large du poète anglais, plus que jamais visionnaire de notre monde contemporain.
 
Les poèmes sont ponctués par un florilège de chansons sélectionnées au sein des grandes pièces de l’auteur (Hamlet, Le Songe d’une nuit d’été, La Nuit des rois, Les Deux Gentilhommes de Vérone, Comme il vous plaira, Le Marchand de Venise, Cymbeline) mises en musique par de grands compositeurs d’hier et d’aujourd’hui. Les chansons sont accompagnées à l’accordéon, instrument aux mille facettes, sensuel et mystérieux.
 
Pour enrichir ce périple littéraire et opératique, plusieurs pièces inattendues à l’accordéon solo vous guideront encore plus loin, aux portes de tous les possibles imaginaires… 

La scénographie d’Aurélie Thomas parachève la densité onirique du spectacle. Elle forme avec l’aide des lumières un décor pictural contemporain et fantasmagorique, qui invite le public à un voyage tout aussi sonore que visuel.

« C’est le même Shakespeare qui écrit Hamlet et les Sonnets. Un rythme emporte et soutient les poèmes et les pièces de théâtre, où l’on entend et reconnaît une même voix. Pour le dire clairement, les Sonnets de Shakespeare sont donc des textes à dire, autant que des textes à lire. » Jean-Michel Déprats – traducteur des Sonnets (La Pléiade).
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Le dimanche 7 décembre à 16h30  – CONFÉRENCE
Autour du spectacle, rencontre avec Jean-Michel Déprats
traducteur des Sonnets de Shakespeare (VIIIe et dernier volume des Oeuvres complètes de Shakespeare – Sonnets et autres poèmes, Gallimard – La Pléiade, parution 2021)

Conférence animée par :

Jean-Michel Déprats,
traducteur et directeur de publication des Oeuvres complètes de Shakespeare à la bibliothèque de La Pléiade (Gallimard)

Anne-Marie Miller-Blaise,
universitaire spécialiste de Shakespeare et assistante de Jean-Michel Déprats à la traduction des Sonnets

Alexandre Martin-Varroy,
auteur et concepteur du spectacle If Music Be The Food Of Love, Sonnets et chansons de William Shakespeare

Avec la participation de
Julia Sinoimeri, accordéon

Durée : 1h45