Notre spectacle est construit autour d’un personnage de baladin, acteur masculin seul en scène, heureux de chanter l’amour et le désir en prêtant sa voix à la verve gourmande de Ronsard, Marot ou Belleau.
Mais sa belle assurance se fissure lorsqu’il prend conscience d’une bizarrerie : les hommes mettent en mots le plaisir qu’ils prennent avec des femmes qui, elles… se taisent.
Délaissant le champ de l’érotisme, notre baladin s’interroge, part en quête de ces voix disparues, déterre des textes oubliés et commence à comprendre le lien entre les paroles gelées et les corps corsetés.
Habitué à la carte du tendre, le voici en terre inconnue : celle de l’éducation étroite, de la sphère domestique, du savoir défendu, du corps contraint. Un univers d’interdits et de limitations qui lui permet d’ouvrir les yeux sur les assignations différentes qui pèsent sur nous, selon qu’on naît fille ou garçon.
Guidé par des femmes d’époques diverses qui se sont arrachées au silence, notre baladin s’enfonce lentement dans une histoire de plus en plus sombre. Les textes qu’il exhume le confrontent à la violence d’une parole misogyne assumée, sûre d’elle-même et de son bon droit. Répartis sur plus de deux millénaires, des auteurs se sont appliqués à dévaluer la parole publique des femmes, et à organiser le monopole masculin de la parole d’autorité sous toutes ses formes. Les représailles promises aux récalcitrantes vont de la raillerie à la maltraitance, voire au bûcher.
Face à ces textes qui révèlent une société profondément patriarcale, le comédien découvre qu’il bénéficie de privilèges qu’il ne voyait pas. Sa parole masculine est écoutée différemment. Sur les sujets dits « sérieux », elle est créditée d’entrée de jeu d’une certaine valeur, là où une femme aurait d’abord à attester de ses compétences pour qu’on l’écoute. À l’inverse des femmes, il est libre aussi de parler crûment de sexe sans que cela entache jamais sa réputation. Ces privilèges se sont imposés au prix d’un silence imposé par la force. Que décidera-t-il de faire de cet héritage ?
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Extrait de presse
« Prise de conscience époustouflante de la manière dont les hommes ont muselé la parole érotique des femmes. »
Marie de Hennezel – Psychologies Magazine – Nov. 2016
