Archives pour la catégorie se joue en Janvier 2017

LA MORT EST MON MÉTIER

Franck Mercadal a respecté la trame narrative de l’auteur ainsi que la sobriété de son style afin de faire sentir au spectateur la psychologie de Rudolf Höß en lui montrant le double visage de celui qui ordonne le jour le massacre de milliers d’innocents et qui demande le soir à son fils ce qu’il a appris de nouveau à l’école.

PELLÉAS ET MÉLISANDE

La beauté de la langue de Maurice Maeterlinck émane de sa simplicité. Les mots comme de fines parois poreuses suggèrent l’ailleurs, laissent entrevoir les mondes.

Pelléas et Mélisande, une œuvre “claire obscure” mêlée des ombres de Shakespeare. Mélisande est un peu Ophélie, Pelléas : Hamlet, Golaud : Othello, Arkël : Lear et Prospéro.

Tout commence dans une forêt où le prince Golaud se perd ; il rencontre Mélisande en pleurs au bord d’une fontaine. Golaud la recueille et l’épouse sans rien connaître de son passé. Six mois plus tard, il retourne au royaume d’Allemonde où règne Arkël, son grand-père et où vit Geneviève, sa mère. Mélisande rencontre Pelléas, le jeune demi-frère de Golaud. Ils tombent amoureux silencieusement l’un de l’autre…

Chef-d’œuvre incomparable, Pelléas et Mélisande, laissée au seul pouvoir des mots, libère une incroyable charge de rêve.

Dans un espace liquide et flottant, empreint de blanc, un théâtre polysensoriel servi par 9 protagonistes, comédiens, marionnettistes ou encore musiciens qui tissent secrètement la beauté et les mystères de cette fable intemporelle.

Pelléas et Mélisande – teaser from Kuadri Production on Vimeo.

UN POÈTE À NEW YORK

« Un poète à New York » est le texte d’une lecture de poèmes donnée par Lorca sur son séjour à New York en 1929.
Ce texte nous apporte les clés d’un épisode essentiel de la vie de Lorca, qui marque un tournant définitif dans sa production poétique et théâtrale.
Il traverse alors une profonde crise personnelle et artistique et rapproche son écriture des mouvements d’avant-garde, qui fleurissent à Paris, et dont Dalí et Buñuel lui parlent sans cesse.
Les poèmes de ce recueil donnent corps au déchirement qui habite Lorca, blessé dans son amour d’homme, mais aussi fortement impressionné par ce nouveau monde qu’il découvre : monde de «géométrie et d’angoisse », monde « frénétique et sans racines » où cohabitent les riches blancs de Manhattan, « des suicidés aux mains pleines de bagues », avec les noirs de Harlem « qui représentent, n’en déplaise à certains, l’élément le plus spirituel et le plus délicat de ce monde ».
C’est donc un portrait très personnel de la réalité historique et sociale du New York de 1929 où d’un coté, Harlem est le théâtre de la renaissance de la culture afro-américaine, et où de l’autre coté la folie de Wall Street mène à la catastrophe.
De ce texte jaillit le cri de Lorca, celui qui ramène à l’humain, celui qui appelle à l’éveil et à l’action.
A partir de 14 ans

 

LE RAPPORT PILECKI – DÉPORTÉ VOLONTAIRE À AUSCHWITZ

Varsovie, le 19 septembre 1940: un officier polonais se fait arrêter volontairement dans une rafle par l’armée allemande.
Son nom : Witold Pilecki, sa mission : être interné dans le camp d’Auschwitz pour y constituer un réseau de résistance.
Après presque mille jours passés dans l’antre du crime nazi, il est le premier homme à informer des conditions effroyables de détention à Auschwitz. Il s’évade au printemps 1943 pour raconter lui-même l’enfer.

« Que peut dire l’humanité aujourd’hui, cette humanité qui veut croire dans le progrès de la culture et mettre le XXème siècle au-dessus de tous les précédents ?
Pouvons-nous réellement, hommes du XXème siècle, nous présenter devant ceux qui ont vécu avant nous et, de façon absurde, dire que nous avons atteint un degré supérieur de culture… »
Aujourd’hui et demain sont en devenir car comme nous le dit Saint-Exupéry « C’est une folie de haïr toutes les roses parce qu’une épine vous a piqué, d’abandonner tous les rêves parce que l’un d’entre eux ne s’est pas réalisé, de renoncer à toutes les tentatives parce qu’on a échoué. »
Le questionnement de Pilecki est au cœur du spectacle et de cette adaptation théâtrale «avons-nous abandonné notre condition humaine, nos valeurs humanistes… »
Le combat pour la liberté, l’égalité et la fraternité n’est pas un acquis des Lumières, mais bien plutôt est un combat quotidien contre nos Ténèbres.
Patrick Olivier

UBU ROI

NOTRE UBU

En chacun d’entre nous sommeille un Ubu, notre Ubu. Il est là, tapi au plus profond de nous-mêmes. Nous, comédiens, apprenons par cœur les mots que le Poète nous a légués ; nous les répétons sur le plateau et, chaque fois que nous les prononçons, avec la plus grande intensité possible, un sens nouveau jaillit et vient alors annuler tout ce que nous croyions savoir du texte.

Le texte opère comme un révélateur des milliers de personnages que nous pourrions être dans la vie quotidienne.
Il nous permet de devenir celui ou celle que, peut-être, nous ne serons jamais, mais qui pourtant demeure au plus profond de nous. Il nous arrive de prétendre, après quelques mois d’étude, avoir compris le message de l’auteur. Des chercheurs l’étudient pendant de longues années et écrivent même des thèses sur lui. Mais le comédien a la certitude qu’à chaque fois qu’il est sur scène, toutes ses convictions se dérobent en même temps qu’il exhale le mot.

Nous pensons parfois que nos Maîtres, qui ont déjà monté la pièce, ont fait la bonne interprétation du fameux : « De par ma chandelle verte ! » Alors, humblement, nous tâchons de suivre leurs pas. Mais hélas, la phrase nous reste aussi inconnue qu’un soupir qui viendrait subitement casser le rythme de la respiration.
Alors le comédien continue à se préparer, en silence, et avant de monter sur le plateau, il dit aux Dieux du théâtre : «Que votre volonté soit faite», en sachant que ces Dieux séjournent dans l’Olympe de notre Enfance, où se trouve la réelle interprétation du texte, qui ne sera «authentique» que durant le temps où le comédien prononcera le mot.
Le comédien-enfant, aidé du texte du Poète, deviendra alors le Roi de l’immense et merveilleux royaume de son propre imaginaire.

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