Archives pour la catégorie se joue en Octobre 2026

MACBETH

« Les peurs que l’on ressent ne sont rien auprès des terreurs que l’on imagine. » Ce que Shakespeare dit de façon radicale, c’est que ce qui n’est pas, ce qui est de la seule étoffe de nos rêves, des songes, des désirs – c’est cela seul qui est et fait la trame secrète de notre vie.

Cette citation opère un jour renversement fondamental : Macbeth cesse d’être une pièce sur un roi assassin pour devenir le portrait d’un homme dévoré par l’avant-coup de ses actes. Comme le souligne A. C. Bradley, Macbeth possède une « imagination de poète » : c’est elle qui transforme l’ambition en visions hallucinées, rendant le poignard flottant ou le spectre de Banquo plus réels que le trône lui-même….

Cette lecture fait le pari que la trame secrète de Macbeth (ses songes, ses peurs anticipées) est le seul vrai personnage de la tragédie. Le réel (la cour, les batailles) n’en est que le décor flou. En donnant corps à ce qui n’est pas, Shakespeare montre que l’imaginaire ne prépare pas à l’action : il est l’action, et il consume. La forêt de Birnam n’avance pas : elle surgit du regard terrifié de Macbeth, parce que c’est là, dans son œil, que se tisse la seule fatalité qui compte.

Jérôme Méla

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Le contexte historique : sorcellerie, politique et mécénat royal.

Cette plongée dans l’imaginaire prend un relief particulier à la lumière des sources et du contexte de la pièce. Shakespeare puise dans les Chroniques de Holinshed (1587), mais prend des libertés majeures. Il transforme Banquo – complice du meurtre dans la chronique – en figure intègre, hommage direct au roi Jacques Ier, descendant supposé de Banquo.
Ce choix est d’autant plus significatif que le roi était un fervent croyant en la sorcellerie. En 1597, il avait publié son Daemonologie, un traité où il affirme que la sorcellerie est une « trahison envers Dieu » et approuve la chasse aux sorcières. Sa conviction était ancrée dans un traumatisme personnel : en 1589, il attribua une violente tempête en mer à un complot de sorcières, déclenchant la chasse aux sorcières de North Berwick (1590-1592). Jacques Ier se croyait la cible d’un complot satanique et assista à la torture de sorcières présumées.
En incluant les sorcières dans Macbeth, Shakespeare rend donc un hommage direct au traité royal – tout en prenant un risque considérable : présenter un régicide écossais à un roi écossais fraîchement couronné, dans un contexte encore brûlant de la Conspiration des Poudres (1605). Pourtant, le pari fut un succès : dès 1603, Jacques avait fait de la troupe de Shakespeare les « King’s Men », et Macbeth consolida ce mécénat royal.

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« Avec sa mise en scène de Macbeth, de ce règne « plein de bruit et de fureur » d’un ancien roi d’Ecosse, Jérôme Méla nous « donne à voir » – au sens vrai du mot « théâtre » – une tragédie littéralement en train de naître sous nos yeux — et de naître de rien — d’un peu de brume impalpable, au ras du sol. Une tragédie complexe, humaine trop humaine et inhumaine à la fois par l’intensité des désirs qu’elle met en jeu, l’immoralisme qu’elle met au jour, l’étrange issue politique qu’elle suscite pour redonner sens à l’inintelligible chaos…. »
(lire la suite ici)

Gisèle Venet
Professeure émérite – Université Sobonne Nouvelle
– études shakespeariennes

 

UN FIL À LA PATTE

Dans le Fil à la patte, « le scalpel de Feydeau » est d’autant plus affûté que non seulement il croque notre société dans les rapports homme/femme mais qu’il s’attaque aussi à une société dont les membres n’hésitent pas à employer tous les subterfuges possibles pour sauver et maintenir leurs positions sociales et financières: le nœud de la guerre est l’argent !

Une société de pique assiettes, ruinés ou en passe de l’être se retrouve chez Lucette, chanteuse de son état, reine du moment adulée par la presse et le public parisien. Celle-ci prodigue avec générosité le couvert et l’argent, mais gare à celle ou celui qui essaie de sortir de son petit cercle où elle règne en despote…

… Fernand de Bois d’Enghien va faire les frais de ce parfait petit tyran ! En effet, amant de Lucette, il n’arrive pas à rompre avec elle et pourtant le soir même il signe son contrat de mariage avec la très fortunée Viviane, fille de la Baronne Duverger. Ce qui devait arriver arriva, Lucette qui est engagée par la Baronne pour couronner la petite fête donnée à l’occasion de la signature du contrat de mariage, tombe nez à nez avec Fernand. Le scandale éclate alors ! Ni l’imagination de Fernand pour sauver son mariage coûte que coûte ni la vengeance de Lucette n’auront de frein.

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Revue de presse
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CYRANO.

Cyrano… s’il prenait vie aujourd’hui, qui serait-il ? Peut-être un rappeur, celui qui a l’amour du mot et la rage d’une conscience… Et les Cadets de Gascogne auraient le panache de nos rues !
Il ne s’agit pas ici de réécrire le texte de Rostand. Il s’agit de redécouvrir l’actualité de ses mots. Portée au plateau par une troupe nombreuse, jeune et explosive, l’œuvre déploie tout son tranchant. Elle nous rappelle combien l’envie de vivre d’une façon libre, amoureuse et poétique continue de nous animer…

Ce spectacle se veut un pont : entre l’ancien et le nouveau, entre le groupe et l’unique, entre les arts puissants du théâtre, de la danse et du rap, entre le rire et le lyrisme… pour toucher ce que Cyrano appelle lui-même : le Panache !

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Note d’intention

« J’ai grandi dans le 91, à Sainte- Geneviève, entre Fleury et Saint-Michel, dans une ville de banlieue qui mêle de grandes tours et des pavillons. J’ai eu la chance d’atterrir du bon côté de la rue.
Mon histoire est banale, mais la simplicité de cette chance m’a toujours questionné.
Certains de mes amis d’enfance ont suivi d’autres parcours, parfois plus chaotiques, mais ils m’ont souvent impressionné par leur détermination, leur créativité, leur panache. Leur manière de manier la langue, de vivre avec intensité, m’a marqué durablement.
Ce sont eux que j’ai retrouvés dans Cyrano. Dans son panache, dans ses excès, dans sa lucidité.
Et ce sont leurs mots, leurs colères, leur humour que j’ai entendus dans les vers de
Rostand. Il m’a alors semblé évident de proposer une rencontre entre cette œuvre classique et une jeunesse urbaine souvent éloignée de ce répertoire, mais pourtant porteuse de ce souffle. »

Gaspard Baumhauer

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LE DIBBOUK – Entre deux mondes

« … Un grand malheur est arrivé, l’âme de Khanan, qui est mort,
a pris possession du corps de Léa ! … C’est un dibbouk !!! »

Le Dibbouk, monument théâtral de la culture juive, fut créée en 1920 durant une période de grands bouleversements mondiaux prélude aux catastrophes qui ont suivi. Nous vivons de nos jours un basculement de l’Histoire, une époque de fureur où nos repères se fissurent. Comme le souligne le sous-titre de la pièce, nous voici “entre deux mondes”.
Le Dibbouk raconte une histoire d’amour et de possession hantée par le souvenir de fiancés massacrés lors d’un pogrom dans un shtetl le jour de leur mariage.
Comme une répétition de l’Histoire, de nouveau nous sommes rappelés au souvenir des heures tragiques de l’humanité.
La Compagnie Lézart, forte de son expérience littéraire et musicale dans le domaine de la culture juive, replace ce chef-d’œuvre troublant dans notre culture vivante.

LE TRIBUNAL DES FAUSSES CROYANCES

« Entrez, prenez-place. L’audience va commencer.
J’entre. Tout le monde me regarde.
Entre moi, la comédienne et la clowne, il n’y a qu’un pas.
Et entre Nous, il y a Vous. La société, l’école, la famille…
Et les mots qui grouillent. Les voix qui nous habitent. Ces petites phrases que l’on entend parfois depuis l’enfance et qui résonnent encore à l’âge adulte.
Quelles chaînes invisibles laissent-t-elles en et autour de nous ? Aurais-je été quelqu’un d’autre sans elles ?
Alors, qui suis-je vraiment ? Où est ma place ? Suis-je plusieurs ?
Et Vous ? Qui vous a dit qui vous étiez ? Et si la petite voix dans notre tête n’était pas la nôtre ? »

Le Tribunal Des Fausses Croyances invite à la quête d’identité et de liberté face aux injonctions que nous impose la société. Un procès décalé qui questionne nos croyances et la place qu’elles prennent dans Nos vies. Une expérience à la fois intime et collective, où chacun.e peut être amené.e à se questionner sur ses propres croyances, comme un écho à sa propre histoire.

À la fois, juge, témoin, avocate, la créature clowne nous embarque dans cette affaire sensible où se côtoient intensité, folie douce… et le rire, pour nous unir.

Verdict ?

Nelly Paulin

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L’IRRÉSISTIBLE ASCENSION DE L’INSOLENTE MARION

En Bretagne, dans la région du Faouët, une jeune femme s’est levée contre la misère et l’oppression. elle n’ira plus tendre sa main aux riches mais les détroussera.
À l’aube de la Révolution Française, le vieux Mahé et ses amis content et jouent l’histoire de leur amie, et nous font partager les fabuleuses aventures d’une brigande légendaire, insolente et libertaire.
Une comédie héroïque en 1 prologue, 12 tableaux, 2 épilogues et beaucoup trop de personnages, écrite presqu’entièrement en alexandrins et qui interroge notre capacité à désobéir.

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L’histoire de Marion du Faouët est en cela fascinante qu’elle va à contre-courant de toutes les normes sociales et de genre. C’est un récit de désobéissance et d’interrogation des stéréotypes dans une époque, sans doute plus affectée qu’aujourd’hui par la misère et le sexisme, mais qui résonne cependant étrangement avec l’actualité, à travers le fossé des inégalités qui se creusent et le retour à une pensée de plus en plus conservatrice.
En étudiant l’époque, je m’aperçois que les leviers qui organisent la société n’ont quasiment pas changé depuis l’Ancien Régime : récit justifiant les inégalités, opacité des règles, conflits d’intérêts, désir mimétique, boucs émissaires, dévalorisation du féminin, stigmatisation des plus fragiles. Tout ceci permet de soumettre une majorité d’opprimés au profit d’une poignée de privilégiés, sans jamais remettre en question l’ordre social.
Ce constat me passionne et me guide dans l’écriture de la pièce. J’imagine alors des scènes où mon héroïne, très consciente des mécanismes qui l’oppressent, comprend comment les retourner à son avantage. 

Emma Debroise

VILLA DOLOROSA

Trois sœurs, trois anniversaires, une villa qui s’effrite. En transposant Tchekhov dans notre époque, Rebekka Kricheldorf signe une œuvre aussi drôle que désespérée.

Dans ce salon bourgeois où le temps semble suspendu, nous découvrons des êtres cultivés jusqu’à la paralysie, conscients de leur condition mais incapables de s’en extraire.

Le spectateur devient complice de ces rituels où l’on parle sans agir, où les velléités de changement se heurtent à l’attrait secret de l’immobilisme. Quand des éléments extérieurs viennent perturber cet équilibre fragile, l’ambivalence des personnages éclate au grand jour.

Des parents cultivés et russophiles ont donné à leurs enfants, outre le goût de l’art, des prénoms tchekhoviens. Irina, l’éternelle étudiante qui traîne en pyjama, est la cadette, entre Olga, enseignante et rationnelle, et Macha, la benjamine, qui s’échappe quotidiennement d’un mariage tiède en traversant la rue pour rejoindre la maison familiale, ses sœurs et son frère Andreï, qui n’en finit pas de peaufiner son futur livre. Projet plus que jamais relégué au second plan car il est tombé amoureux.
L’arrivée de Janine, la copine, si elle provoque une série de décalages, apporte un souffle neuf, un sens certain des réalités. Et puis il y a Georg, ami d’Andreï, visiteur assidu de cette villa où il trouve l’air et la fantaisie dont le prive son existence engluée entre une femme suicidaire et une carrière dont la banalité le désole.

Année après année, rien ne change, les anniversaires sont invariablement gâchés. La famille s’agrandit, le temps coule, les mots resurgissent, comme les maux, triviaux et métaphysiques.

Car on parle, et beaucoup, entre les murs de la Villa Dolorosa – figurés dans une sorte d’opulence dépouillée. On se dit tout, sans filtre et sans tabou, entre les membres de la famille Freudenbach (ruisseau de joie, littéralement). Tout. Avec une franchise exubérante et mélancolique, une férocité terrible parfois. Avec surtout un amour qui, pour cruel qu’il soit, déborde de partout.

1.2.3.TCHEKHOV !

Un triptyque de comédies brèves d’Anton Tchekhov

Bienvenue dans l’univers de Tchekhov, où le comique se moque du tragique, où personne ne s’écoute vraiment, et où la vie ressemble à une mauvaise pièce de théâtre qu’on serait condamné à jouer jusqu’au bout.

Trois histoires d’hommes. Trois effondrements. Un même génie du ratage.

Dans Le Chant du cygne, un vieux comédien ivre se réveille seul dans un théâtre vide. Entre deux tirades pathétiques de Shakespeare, il réalise que son existence n’a été qu’une longue comédie ratée. Applaudissements factices, souvenirs délirants : le rideau tombe sur une carrière qui n’a jamais vraiment existé.

Tragédien malgré lui nous offre un fonctionnaire transformé en bête de somme domestique. Courses sans fin pour la famille et les voisins. La liste s’allonge jusqu’à l’asphyxie. Ce qui devait être une simple sortie devient un calvaire où chaque demande supplémentaire l’enfonce un peu plus dans l’hystérie. Martyr du quotidien, il porte sa croix avec une dignité tragique totalement disproportionnée.

Dans Duel (adaptation pour deux comédiens de la nouvelle Un Duel), deux hommes que tout oppose – un scientifique arrogant et un fonctionnaire dépressif – se détestent jusqu’à l’affrontement final. Pistolets à l’aube ! Sauf que personne ne sait vraiment pourquoi ils se battent. L’honneur ? L’orgueil ? L’ennui monstrueux de la vie de province ? Le duel devient une farce métaphysique où chacun espère secrètement manquer sa cible.

Le lien entre ces trois textes ? L’art tchékhovien de transformer l’échec en spectacle jubilatoire. Les personnages s’effondrent avec panache, hurlent leur désespoir dans le vide, et se débattent dans des drames qu’ils ont eux-mêmes fabriqués. Ils sont grotesques, touchants, insupportables – et terriblement humains.

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Précédents spectacles de la compagnie Théâtre Odyssée joués au Théâtre de l’Épée de Bois : Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke (2023 et 2024) et Les Carnets de Harry Haller, extrait du roman Le Loup des steppes de Hermann Hesse (2024).

Précédents spectacles de la Compagnie du Sablier joués au Théâtre de l’Épée de Bois : Vincent van Gogh, la quête absolue (2024), Bartelby le scribe d’Herman Melville (2024).