Archives

LETTRE D’UNE INCONNUE

Lettre d’une inconnue est un monument de la littérature mondiale.

Une femme écrit passionnément à un homme qu’elle a aimé, qu’elle aime encore. Elle se livre corps et âme et révèle ses sentiments les plus profonds. Lui, dans cette relation épistolaire, n’existe presque pas. Il est le destinataire et semble avoir oublié. C’est un cri d’amour qui n’a comme écho que l’indifférence, au mieux, une forme de politesse très éloignée de l’attente, mêlée de désir, de la jeune femme.

Lettre d’une inconnue est une œuvre émouvante qui met en jeu notre rapport à l’amour, à la fidélité, à la passion amoureuse.

C’est un texte qui interroge l’intimité de chacun et nous confronte au souvenir de l’être aimé. C’est une déclaration d’amour à l’Amour avec son lot de non-dits, de souffrance.

C’est une tentative effrénée et vaine d’être «reconnue». C’est un appel, un secret qui est libéré. La confidence a valeur de refuge, de réparation. Elle se heurte pourtant à l’éloignement dans le temps et l’espace. Elle est comme une ultime tentative d’une complicité amoureuse qui ne trouvera sa résolution que dans l’effacement de l’autre et peut-être la mort.

Cet aveu, par l’encre couchée sur le papier, est comme une autopsie de la passion. Un enfant est en jeu dans cette relation amoureuse et incertaine qui a eu lieu.

Cet enfant n’est plus. On ignore les détails de cette disparition mais la douleur de cette inconnue, (dont on ignore le nom et l’âge), n’en est que plus violente et la perspective de sa propre mort est en jeu.

Cette confession pourra t-elle ré-enchanter le cœur de l’homme aimé ou bien trouvera t-elle son issue dans la fin brutale et tragique de celle qui aime ?

Zweig, par ce texte, touche au cœur. Il flirte avec l’indicible et dit pourtant les mots les plus beaux du monde. Il ébranle par la dureté de cette parole révélée et permet aussi de faire le deuil de cet amour mort-né.

Amour impossible. Amour fantasmé.

ARTAUD-PASSION

L’histoire est librement inspirée de la rencontre de la jeune Florence Loeb, fille du galeriste Pierre Loeb avec le poète Antonin Artaud après ses neuf années d’internement.

La mise en scène est comme le point de départ d’une création qui puise sa force dans le direct, nourrie de poésie, de mots, d’images, de sons, qui touchent à la façon d’électrochocs. Le spectateur est immergé dans un univers d’expérimentation poétique à la manière d’un rêve qui se vit sans fin, un monde où la folie éclate un temps donné, celui de la représentation.

***

Extraits de presse

Ewa Kraska a construit une mise en scène au diapason de la puissance conjuguée du texte et de ses interprètes. Les deux comédiens sont redoutables pour porter haut et fort cette pensée douloureuse. Incontournable.
www.toutelaculture.com

Pénétré par le poète visionnaire, William Mesguich délivre le texte au vitriol de Patrice Trigano avec une telle vérité que l’on se dit qu’Artaud a trouvé là son double. Il y a là à coup sûr, un brûlot paroxysmique, une violence révolutionnaire salutaire de nature à secouer les indifférences.
www.larevueduspectacle.com

Une pièce qui nous sort de notre zone de confort, une pièce qui dérange, et qu’il faut voir.
www.classiqueenprovence.fr

Une pièce singulière et captivante, finement écrite, habilement mise en vie et magistralement jouée. Un moment illuminé et intelligent, à l’audace nécessaire.
www.spectactif.com

La mise en scène signée Ewa Kraska est formidable de puissance évocatrice : dans l’écrin sublime de la salle du Roi, les projections lumineuses qui envahissent l’espace au son d’une musique électronique nous transportent dans un univers onirique à la fois glaçant et sublime, énigmatique et saisissant.                                                                            https://theatreactu.com

L’OPÉRA DE QUAT’SOUS

Brecht et Weill nous plongent dans les bas-fonds de Londres, où tous les coups sont permis par-delà toute morale, par-delà bien et mal. Les personnages sont immoraux, pourtant on les envie. Sans foi ni loi – en tout cas, en apparence – ils nous happent, nous attrapent, nous fascinent. On devrait avoir pitié mais on devient cruels. Irrésistiblement attirés par le mal, vivant en toute impunité, refusant le bien-pensant et le politiquement correct, on savoure sans honte. Parce que finalement, qu’est-ce qu’on a à craindre ? C’est de la fiction. C’est l’opéra. C’est le théâtre. C’est « irréel », dit Brecht.

RÉSISTANCE(S)

Résistance(s) conte l’histoire de deux jeunes filles – une allemande et une française – confrontées à la dictature nazie. Sophie Scholl milite secrètement à Munich au sein du mouvement «La Rose Blanche» fondé par son frère et un de ses amis étudiants. En Picardie, la jeune Française, fille de cheminot qui participe aux sabotages organisés contre l’occupant, cache une amie juive. Nous sommes en 1943. Sophie s’apprête à prendre un train pour aller distribuer ses tracts politiques à Stuttgart. Très loin de chez elle, à l’Est, l’autre jeune fille sort d’un train. Elle a désormais un numéro sur le bras.

Un mot les réunit : résistance.

JE SUIS UN OISEAU DE NUIT

C’est l’histoire de Ida, histoire singulière qui commence à sa mort. Ida, projetée à huit ou neuf mètres de l’autre côté de la rue par un camion, est morte. Pourquoi est-elle morte ? Tel un polar, une femme à la fois narratrice, Ida, Mme Besson, Gertrude, un homme, Hélène Bessette… nous conte cette énigme.

Un simple accident ? Les yeux baissés, elle regardait toujours ses pieds… Une histoire de classe sociale ? Ida est propriété de Madame Besson non par le mariage mais par la domesticité, par l’appartenance au delà de la mort. Elle est partie sans laisser de préavis. Impossible même de lui faire un reproche. Ses exemployeurs s’interrogent, jugent Ida, les « Ida » personnes inférieures. Une maladie mentale ? Sa phrase posée comme une énigme « je suis un oiseau de nuit » ouvre sur un monde où les frontières deviennent floues entre rêve, réalité, cauchemar et délire…
Confusion de propriété d’être de personne, est-elle ou n’est-elle pas ? Est-elle Ida ou Madame ?… Ou Ida consciente de la condition humaine ? Ida, nouvel Icare, morte d’avoir ouvert les yeux. Elle a vu ce qu’il ne faut pas voir. Ce qui est insupportable à voir.
Ida, femme de ménage chez les Besson, n’arrosera plus les fleurs la nuit.

Hélène Bessette joue avec les mots, elle camoufle les personnages. Ils sont à la fois présents mais peu voire pas définis, ils sont dans le flou poétique de l’écriture. La parole navigue entre différentes eaux. Qui parle : une narratrice ?, Gertrude ?, Madame Besson ? Hélène Bessette elle-même ? Hélène Bessette maîtrisait la langue, ses subtilités, elle aimait la tordre pour proposer des pistes cachées.

Lorsque débute le roman, l’histoire est terminée pour Ida, elle est morte. Elle n’est plus, mais occupe l’espace, investit l’histoire en devenant le centre des discussions de ses anciennes patronnes et ce pendant plusieurs mois, comme une revanche sur sa vie de femme de ménage invisible. Tel un fantôme, sa présence est impalpable, invisible mais incontournable. Ida-comédienne se joue enfin du monde qui l’entoure.
Cette dichotomie peut être portée par la marionnette, elle peut assumer ce paradoxe, être à la fois là sans y être. Être dans l’interstice du vivant et de la mort.

La Presse en parle

Blog Culture du SNES-FSU (Jean Pierre Haddad) :
« Laurent Michelin qui n’a pas craint d’adapter au théâtre cet objet littéraire hors norme, a eu raison d’oser cette aventure car le résultat est surprenant et superbement réussi.»
« Dans le cube-tube à essai, Christine Koetzel, comédienne à l’immense talent de présence et de diction, est celle qui parle. Elle nous immerge dans un flux de paroles nourri de variations de voix et de points de vue, de personnages sans corps. »
« De la réalité insondable à la réalité approchée de la folie, le chemin passe par le théâtre de Laurent Michelin. »

Double Marge (Sylvie Boursier) :
« Laurent Michelin et sa compagnie explorent des textes contemporains rares ; leur recherche autour de la marionnette et du théâtre d’objets magnifie ces écritures, les recrée avec beaucoup de liberté. »
« Venez les rencontrer au théâtre de l’épée de bois en avril, vous n’en sortirez pas indemne et découvrez Hélène Bessette, enfin ! »

Arts-Chipels
« Les écrits d’Hélène Bessette méritent largement d’être sortis de l’oubli. C’est ce que propose Laurent Michelin en explorant les limites entre jeu marionnettique et jeu théâtral, entre la figure humaine et son double. »
« Et dans la zone grise où se mêlent conscience, mémoire et folie, où le fantasme du réel rejoint la réalité du fantasme, une femme se tient, qui finira sa vie, d’abord recluse et solitaire avant de sombrer dans la folie : Hélène Bessette, qu’il faut réentendre aujourd’hui, aussi bien pour la puissance de son écriture que pour la douleur que celle-ci laisse transparaître sous l’ironie, le fantasme et la poésie. »

Sur les planches (Laurent Steiner)
« Laurent Michelin accomplit un joli travail d’orfèvre dans cette mise en scène éclairée par la folie de la réalité.»

Théâtre du Blog (Philippe du Vignal)
« Laurent Michelin a dirigé ses actrices avec un soin extrême: Christine Koetzel et Marion Vedrenne font sonner le texte avec une diction précise qui n’exclut en rien une belle intelligence du texte et une grande sensibilité aux mots d’Hélène Bessette. »

DOM GARCIE DE NAVARRE

Nous avons eu envie de faire redécouvrir une œuvre du patrimoine français ignorée depuis quatre siècles, en l’adaptant pour contourner les écueils qui ont mené à l’enterrer si longtemps. Pour cela, nous avons réuni une distribution d’actrices et d’acteurs passionnés : elle couvre trois générations d’acteurs et de musiciens, de 16 à 80 ans. Aussi le texte a-t-il été légèrement allégé, près de 600 vers ont été retranchés pour ne conserver que l’aspect relationnel entre les personnages, débarrassé des références politiques obsolètes qui prétendaient inscrire cette pièce au registre du théâtre héroïque d’un Corneille.
Dom Garcie de Navarre est donc bien une comédie, et pleinement moliéresque.

Les flûtiste et luthiste, instrumentistes de premier ordre, spécialisés dans le répertoire baroque, exhument eux aussi des œuvres injustement oubliées : Hotteterre, Gaspar Sanz, Pancrace Royer …
Mais nous entendons jouer d’abord un spectacle drôle et populaire, musical, un vaudeville de haute tenue littéraire, une haute-comédie vibrante en alexandrins !

Antonio Diaz-Florian, le théâtre de l’Epée de Bois nous en a donné l’occasion, nous l’en remercions et la saisissons.

LE JEU DE DON CRISTOBAL (Retablillo de don Cristobal)

La farce
Cette farce andalouse est devenue, depuis sa création en 1934 par Federico Garcia Lorca, un classique de la littérature dramatique pour marionnettes.
Comme pour « los titeres de cachiporra », soeur jumelle de « Retablillo de don Cristobal », F. G. Lorca s’est inspiré de la tradition populaire de marionnettes.
Lorca rassemble dans son canevas toutes les intrigues d’une bonne Comédia dell’arte : le pouvoir ou l’autorité, le désir amoureux et l’argent.
Don Cristobal, le vieux riche, se prétend médecin. Il soigne le malade à sa manière à coups de gourdin, et ramasse assez d’argent pour se marier avec Rosita. Mais Cristobal est un ivrogne. Insatisfaite, Rosita retrouvera son amant. Au cours de la pièce, le poète dialogue avec ses personnages et parfois même interpelle le public.
La farce unit ici la langue rugueuse et truculente de la marionnette et le lyrisme poétique. Le théâtre de Federico Garcia Lorca est le prolongement de sa poésie ; elle y prend forme humaine.

Le poète chef d’orchestre
L’adaptation et la mise en scène ont donné un sens particulier au personnage nommé dans la pièce « le poète ».
Il est le chef d’orchestre de tout ce petit monde. Son rôle est tenu par le comédien qui est, de fait, le manipulateur des cinq personnages de la farce.
Les marionnettes évoluent « à vue » (sans castelet) sur scène et forment des tableaux. Le comédien manipulateur se confond avec sa marionnette, comme pourrait le faire le masque avec l’acteur. Il dialogue avec elles et avec le public.

Son Théâtre
Au-delà de sa vitalité et de sa joie de vivre, Federico Garcia Lorca est un homme complexe aussi est-il sensible au monde et à ses injustices. Il sera toujours du côté de ceux qui souffrent. Son théâtre est combatif. En écrivant pour le théâtre de marionnettes, il a su colorer son théâtre d’une poésie à la fois rugueuse et profondément humaine. Surprenante dramaturgie que son théâtre de marionnettes, construit à partir de ces personnages profondément humains. “Le théâtre est une tribune libre où les hommes, par des exemples vivants, peuvent mettre en évidence les normes éternelles du cœur et du sentiment humain.” Federico Garcia Lorca

Le thème de la solitude amoureuse
L’homme est seul avec son amour. C’est avec constance qu’il développera ce thème dans son théâtre peuplé souvent de paysans aux sentiments simples et intenses. Retablillo de don cristobal est une pièce qui rassemble tous les thèmes majeurs de l’œuvre de Federico Garcia Lorca : l’amour, la mort, la révolte. “Au-delà de la solitude amoureuse, la vie est un désir à satisfaire. Un désir qui échappe à l’homme, immanquablement, au moment même où il semble le saisir.” Federico Garcia Lorca.

Un théâtre combatif et vital
En écrivant pour le théâtre de marionnettes, Lorca a su colorer son théâtre d’une poésie à la fois rugueuse et profondément humaine, dans une surprenante dramaturgie. L’AMOUR, LA MORT ET LA RÉVOLTE C’est avec constance qu’il développera ces thèmes dans son théâtre peuplé souvent de paysans aux sentiments simples et intenses. Retablillo de don Cristobal,  Le jeu de don Cristobal en français, est une pièce qui rassemble tous les thèmes majeurs son œuvre : l’amour, la mort, la révolte.
“Le théâtre est une tribune libre où les hommes, par des exemples vivants, peuvent mettre en évidence les normes éternelles du cœur et du sentiment humain.” Federico Garcia Lorca.

« EL DUENDE est fait de sang, de culture ancestrale et de création en acte. Ce pouvoir mystérieux, que nous ressentons tous un jour et que nul philosophe ne peut expliquer. Il est l’esprit même de la terre. » Federico Garcia Lorca.

 

J’AIME LA VIE

J’aime la vie est un texte adapté de Refus d’obéissance de Jean GIONO. Paru en 1937, il rassemble deux textes distincts. Le premier est un manifeste pour la paix dans lequel Giono évoque l’atrocité de ce qu’il a vécu dans les tranchées, durant la Première guerre mondiale qui ne cesse de le hanter et son refus d’obéir à un ordre de mobilisation. Vingt années se sont écoulées et Jean Giono apparaît sous les traits d’un soldat blessé : Joseph.
Notre marionnette, le poilu conférencier décrit l’horreur des combats et sa passion pour la vie. Ecrit entre les deux guerres, ce texte est un formidable plaidoyer pour la paix en dénonçant l’absurdité de la guerre. « Ce qui me dégoûte dans la guerre, c’est son imbécilité ! J’aime la vie ! je n’aime même que la vie … c’est beaucoup ! »

PILOTE

Thème
Délivrer les vocations et avoir confiance sont les grands thèmes que nous voulons aborder avec « PILOTE« .

Se sentir lié au monde n’est pas une question de compétence mais de confiance. *  » Il n’y a pas de fatalité extérieure, mais il y a une fatalité intérieure : vient une où l’on se découvre vulnérable ; alors les fautes nous attirent comme un vertige ».
L’homme est sauvé à partir du moment où il a la vocation. L’Œuvre de Saint Exupéry est celle d’un homme qui a décidé de vivre en accord avec la nature profonde de sa personnalité où l’on retrouve fréquemment les mots vérité, vocation, terrain favorable … terrain qui fertilise les vocations ou pas : *« …Les vocations sans doute jouent un rôle. Les uns s’enferment dans leurs boutiques. D’autres font leur chemin, impérieusement, dans une direction nécessaire : nous retrouvons en germe dans l’histoire de leur enfance les élans qui expliqueront leur destinée. » Se sentir responsable, là réside le courage.

Le courage est un des grands thèmes de l’œuvre d’Antoine de Saint Exupéry. Il en a fait un axe majeur de son existence. « …/…se délivrer du monde des villes et de leurs comptables… de ces dimanches absurdes…de la machine à emboutir…lancer des passerelles. » Comme pour cet enfant, le petit prince, méconnu des grandes personnes qui crie son droit « d’être lui-même « .

Synopsis
Un PILOTE entreprend de faire une course reliant l’Europe à l’Asie en avion. D’abord la course puis la panne, l’accident, la chute. L’accident met à nu. Le dépassement de soi se fait dans l’épreuve du vide. Certaines nuits, l’enfant est là, il lui raconte son voyage … astéroïdes peuplés de grandes personnes. Ainsi durant 4 jours il marche en quête, jusqu’à sa délivrance, jusqu’à sa rencontre avec un homme, un touareg, qui le sauve à l’aube du 5e jours en lui donnant de l’eau.
Il s’oriente : Est/Sud/Est Nous sommes à une époque ou pour se diriger le pilote se repère au soleil et quand il se couche, aux étoiles et à la lune, seul, sans radio, il vole en évitant, s’il le peut ! les brumes et nuages. Il vole, traverse la méditerranée puis longe les côtes du nord de l’Afrique pour arriver aux abords du désert, royaume des sables, des vents et des Touaregs. D’abord la course puis la panne, l’accident, la chute. L’accident met à nu. Le dépassement de soi se fait dans l’épreuve du vide. Le mouvement agit comme essence du lien vital, celui qui nous rend en vie. L’obstacle devient alors découverte de soi. «L’accident comme souci de soi ou la rencontre mise en scène, de la fatalité, de la mascarade et de la grâce » (Cynthia Fleury -Pretium doloris) Il marche des heures durant malgré la soif, dès le lever du soleil. Est /Sud -EST : orienté. De mirage en mirage, en quête, il expérimente l’essentiel … l’eau. Enfance. Ses nuits sont peuplées de souvenirs.
Certaines nuits, l’enfant est là, il lui raconte son voyage … astéroïdes peuplés de grandes personnes : un roi, un businessman, un vaniteux … mais aussi un renard.

Solitude
Il se rend compte aussi qu’il n’est pas si seul finalement, des traces sur le sable lui rappellent que la vie s’installe partout, même dans le désert. Des traces : un renard, un serpent et son regard sur le monde. Ce monde, celui des grandes personnes perchées sur leur astéroïdes : *« ce monde… ses machines à emboutir… avec ces absurdes dimanches ». * « Ce qui embellit le désert, c’est qu’il cache un puits quelque part. « Ainsi durant 4 jours il marche en quête, jusqu’à sa délivrance, jusqu’à sa rencontre avec un homme, un touareg, qui le sauve à l’aube du 5 e jours en lui donnant de l’eau. Ce qui sauve. Il survivra grâce à une orange et une gourde d’eau retrouvées dans la carcasse de l’avion. Mais surtout grâce à sa formidable envie de vivre et son courage. Au regard qu’il porte sur le Monde, au regard qu’il porte sur lui-même.

 Il sait que *« ce qui sauve, c’est de faire le premier pas. Encore un pas. C’est toujours le même pas que l’on recommence… »

*Terre des Hommes de Antoine Saint Exupéry

COMME S’IL NE MANQUAIT RIEN

Note d’intention
A la vue d’une peinture de Jean Pierre Schneider dont la figure est une jarre, suggestion du vide ou appel de la plénitude. Blandine Jeannest se remémore le vers de Yannis Ritsos « comme s’il ne manquait rien alors que tout manquait » extrait de « Les vieilles femmes et la mer ».
C’est à travers les voix de femmes grecques contemplant leur vie et la mer « sur le chemin d’en haut où commencent les vignes » que Yannis Ritsos aborde les grands thèmes de son œuvre poétique, sensuelle, intense et parfois désespérée : le temps, la mémoire, la mort, l’absence, la présence des objets du quotidien, la filiation. Ritsos est hanté par « son rocher» natal lourd de souvenirs historiques et de la mémoire d’une famille tôt détruite. Est évoquée la condition des femmes grecques en attente des hommes absents, partis en mer ou happés par l’histoire. Pour Yannis Ritsos l’engagement en littérature et en poésie va de pair avec l’engagement politique dans un 20e siècle grec ponctué par la seconde guerre mondiale et les dictatures.

Les musiques :
En écho à la parole de ces femmes, trois musiciennes  au chant, violoncelle, piano interprètent une musique méditerranéenne qui est à la fois la résonance, prolongement et silence du texte : le lamento d’Ariane de Monteverdi et les plaintes de Caccini, les chants populaires grecs de Ravel, les accents de Granados et Falla ainsi que les harmonies intemporelles d’Arvo Pärt répondent par leur intensité poignante au verbe du poète engagé dans l’histoire mais aussi dans une quête existentielle universelle.
La mise en scène de Jean Pierre Schneider divise le plateau en espace maritime et terrestre, les blocs d’une digue étayant la mémoire vacillante des femmes. Les matières de la peinture de Jean Pierre Schneider, leur matité disent un réel dont la parole poétique de Ritsos ne s’affranchit pas mais qu’il dépasse dans la lumière des horizons maritimes d’une Grèce éternelle.